Sujet: Encore (projet de co-écriture)

Et c'est reparti pour une fic estivale co-auteurisée !

Titre : Encore
Univers : Le Bufgel
Date et lieu : Maintenant, Los Angeles post-apocalypse, quelques mois après les événements de "Ensemble"
Disclaimer : Les personnages de cette histoire appartiennent à Joss Whedon et Mutant Enemy. L’intrigue et les dialogues de cette fiction ont été écrits par des amateurs et ne sont pas le produit d’une traduction.

(Aissy je te laisse le soin de compléter cette présentation par ce que tu veux, c'est toi la spécialiste)





ENCORE




Les premiers rayons de soleil commençaient à pénétrer la maison de banlieue. Le quartier était calme en cette matinée d'hiver, chacun était déjà parti pour son travail au centre ville.
Et d'autres étaient là depuis le milieu de la nuit, venus du centre pour faire le leur.

Dawn posa un genou à terre et passa une main sur le parquet.

- Illy, tu serais pas déjà venue dans cette maison, par hasard ?

- Je ne vois pas comment le hasard aurait pu me mener dans un tel endroit.
Elle leva les yeux comme pour humer l'air et sembla prise d'un frisson.
- Ces logements sont insupportablement étroits. J'apprécierais que l'on ne s'éternise pas.

Dawn se releva et leva sa main droite, comme sur le point de prêter serment. L'ex-déesse resta interdite pendant un instant, puis comprit qu'elle était tombée dans l'éternel piège des conversations labyrinthiques de ses collègues, à base de non-dits, de supposés, de questions rhétoriques, de connotations sexuelles, de références à des fictions irréalistes et d'ironie. Elle poussa un soupir et céda aux attentes verbeuses de Dawn :

- Pourquoi serais-je déjà venue ?

Dawn agita sa main. Illyria s'approcha pour mieux voir : ses doigts étaient couverts d'une poussière de couleur bleue.

- Je vois.

- Tu vois, hein ? De la poussière, mais bleue.

- Oui, bleue. Comme moi. Et la poussière est constituée à 90 % de résidus de peau morte. De la poussière bleue, comme ma peau, j'ai compris.

- Laisse tomber, gloussa Dawn, la blague est périmée depuis deux minutes. Je te parle de la poussière qui est bleue. Bleue ! Et y en a partout, regarde ! Dans le salon, dans la salle de bains, dans les chambres... t'avoueras que c'est zarbi.

- Tu penses donc que c'est l'oeuvre de démons bleus.

- Euh...
Elle aurait juré entendre une pointe de vexation dans la voix d'Illyria. Elle la prenait pour une espèciste anti-bleu, ou quoi ? Et depuis quand la grande reine du Primordium se laissait affecter par ce genre de truc ? Et puis elle était pas espèciste, non mais !
- Je crois surtout qu'il s'est passé un truc pas net dans cette maison.

- Nous sommes d'accord sur ce point. Il y a un cadavre de loutre dans l'évier.

- Hein ? s'écria la jeune femme en grimaçant d'horreur.

Incrédule, elle épousseta ses mains et fit le tour du canapé en direction de la cuisine.

Illyria plongea une main dans le sac de Dawn posé sur le canapé, en sortit son téléphone portable, parcourut le répertoire avec aisance et porta le haut-parleur à son oreille.

- Angel ? Oui. Elle a quitté la pièce. Non, elle n'en saura rien. Parce que je crois comprendre que personne ne supporte ses glapissements assourdissants lorsqu'elle apprend que quelqu'un a touché à ses affaires. Oui, notre client ne s'est pas trompé, c'est sûrement d'ordre occulte. Un cadavre de loutre et... oui, de loutre. Angel, je n'ai pas le temps de... oui, de loutre. Et de la poussière bleue dans la majorité des pièces. Oui, je sais, comme moi. Mais ce n'est pas...

Elle se figea en entendant des bruits de pas sur le parquet. Dawn apparut sur le seuil, sa grimace d'horreur encore imprimée sur le visage.

- Oh non c'est vraiment trop dégueu, tirons-nous avant que je... QU'EST-CE QUE TU FAIS AVEC MON PORTABLE ?

L'Ancienne ferma les yeux, remit l'appareil à sa place et fila à grandes enjambées vers la sortie, loin des glapissements assourdissants. Elle commençait à comprendre ce que voulait dire Spike quand il suggérait à l'équipe de "partir en vacances sans les mioches".

Nath

Say hello to Mummy Bear.


2

Re: Encore (projet de co-écriture)

Zique : Sous le vent (Garou & Céline Dion)


Elle cessa de faire les cent pas et s’installa, résolue, à son bureau. Quelques mèches de son ex-frange vinrent obstruer la vue de la page blanche de son bloc-notes ; elle les reconduisit expressément derrière son oreille. Prenant son souffle face à cet imminent travail de forçat, elle se mit à la tâche :

« Chère Buffy,

J’espère que tu vas bien. J’aurais voulu faire mieux qu’espérer, mais bon. »

Elle se relut, ratura cette deuxième phrase, puis reprit son brouillon :

« Nous, tout va super. Il fait beau, et on est tous en pleine forme. Le business marche d’enfer, Angel nous a même promis une prime de fin d’année. Et vous ? D’après Clem, vous galérez un peu. Enfin, c’est Clem.

Voilà, je voulais juste te donner des nouvelles. »

Elle regarda son stylo bille continuer tout seul. Pourtant, pas de magie qui l’animait…

« C’est quand même débile, non ? Tu trouves pas ça du plus débile qui soit ? Alors, quoi, dès le moindre différend les gens devraient couper les ponts ? Si deux personnes ne sont pas d’accord sur un point, ça y est, elles ne peuvent plus s’entendre et la seule chose à faire c’est de faire bande à part ? Et comment on y arrive, nous ? Tu crois qu’on n’a pas nos embrouilles monumentales entre nous ? Tu crois qu’on reste soudés parce que c’est la méga harmonie dans la Team ? Qu’on ne pourrait pas passer un jour sans se voir tant on s’adore tous ?

Mais bien sûr. C’est pas comme si mon meilleur ami me faisait la tronche depuis trois semaines, oh non. On n’est pas comme ça, nous. On n’est pas du genre à passer un jugement sur nos soi-disant amis pour une pauvre histoire de jalousie de base, ah ça, certainement pas. D’ailleurs si c’était le cas, selon ta logique, je me dépêcherais de plier bagage, de quitter cet hôtel à la noix et de les laisser en plan tous autant qu’ils sont. Facile. Je m’installerais à mon compte, je monterais ma boîte de sorcellerie par Internet, avec Kennedy, tiens, pendant que j’y suis, au Paraguay, ou au Pôle Nord, et je serais bien plus tranquille.

Seulement voilà, j’ai un peu plus de conscience professionnelle que ça, moi. De loyauté, si ça te dit quelque chose. »

Elle renifla, s’accordant un dépit bien mérité.
— Bah oui mais ça lui fera du bien qu’on lui dise ses quatre vérités, se justifia-t-elle à voix haute.
Un air inflexible sur le visage, elle continua sur sa lancée :

« Xander il sait bouder quand il s’y met. Nan mais il fait pas la tête, je suis mauvaise langue. Il pratique la convivialité par grognement. Ça doit être un truc de hyène. C’est bien simple, depuis trois semaines, il m’a pratiquement autant parlé que toi. La différence c’est que lui n’ayant pas disparu de la circulation, je dois me farcir son regard réprobateur, quand ce n’est pas son œil accablant de chien battu qu’on emmène faire piquer. Remarque, il a de la suite dans les idées, on peut pas lui enlever ça. Les autres ils ont tenu largement moins longtemps. Angel, Faith et Giles m’ont pas regardée en face pendant 2-3 jours. Spike a passé une petite semaine à m’envoyer des vacheries – plus que d’habitude, je veux dire. Tout ça pour un incident. Oui, un incident ! Qui aurait pu arriver à n’importe qui. »

Un hochement de tête autocritique tempéra cette affirmation.

« Bon, OK, j’avoue, parfois je pense clairement avec » Son stylo s’immobilisa et elle scruta le tissu multicolore péruvien accroché au mur au-dessus de son bureau, « pas ma tête. C’est à cause du trou dans la couche de zones. Mais si ! Tu sais bien ! Je t’en ai parlé 50 fois, ma théorie sur la tectonique des plaques. Entre les dimensions, c’est ça. Les univers glissent les uns sous les autres et parfois ils entrent en collision etc, etc. Ça te revient ? Bon, ben il s’avère que j’avais vu juste, gloire à moi. Il y a à peu près un mois de ça on a découvert un trou entre deux zones superposées, juste au-dessus de Santa Barbara, mais pas un portail, hein. Une brèche. Causée par une collision, voilà.

Ben oui : j’avais raison ! C’est que je me tue à te dire ! Et tu n’étais même pas là pour fêter ma découverte avec nous. Giles m’a fait un gâteau en forme de dimension et tout ! Avec des petits trous noirs en chocolat ! Bon, tu sais quoi ? T’étais pas là, t’étais pas là. Tu avais tes raisons, je peux comprendre. Mais si jamais, si jamais un jour je suis conviée à une remise de Prix Nobel, et qu’au moment où on appelle Willow Rosenberg il n’y a pas de Buffy Summers applaudissant dans la salle » Elle secoua la tête, cherchant ses mots, « je ne réponds de rien, Buffy.

Bref, la brèche. Il a bien fallu colmater. Parce que ça fuyait de partout, ce bazar. Et comme c’était pile entre une zone de mondes infernaux et une zone de mondes sans relief, tu imagines les dégâts à Santa Barbara. Et bien sûr tout le monde s’est tourné vers la sorcière-futur Prix Nobel de service. Mais, hé, je suis pas maçon, moi. Aucune idée comment boucher le trou. Il faut un doctorat en physique quantique pour ça. Et tu en connais beaucoup, toi, des docteurs en physique quantique avec option interdimensionalité ? Moi je n’en connais qu’une.

Alors, oui, la fin justifiant les moyens et une fois n’étant pas coutume, on a invoqué Illyfred. Ça, avec l’aide d’Illyria et d’un petit cocktail potionné pour booster les résidus, je savais faire. Et après avoir passé une semaine à travailler côte à côte avec cette femme admirable sous tous rapports et adorable sous tous les angles, eh ben oui, Buffy, j’ai pété les plombs. Je m’en rends compte. Je m’en suis rendu compte tout de suite, seulement ça s’est joué au 100e de seconde ce fichu mauvais plan.

On était là dans le labo, elle, moi, les vamps et Xand. Les mecs bidouillaient une arbalète jetable à l’autre bout de la cuisine, je les avais complètement zappés. Illyfred a pris la calculatrice que je lui tendais, sa main a frôlé la mienne » Le flot de son écriture s’interrompit alors qu’elle laissait échapper un petit soupir en avalant sa salive, « et elle m’a souri. Un sourire totalement innocent, sûrement juste pour dire merci pour la calculatrice, tu vois ? Mais si irrésistible, Buff, je te promets. Et moi, résister c’est déjà pas mon fort à la base, alors résister l’irrésistible, j’avais aucune chance.

Je ne me suis même pas sentie me pencher vers elle. Je n’ai pas perçu le mouvement de mon corps dans la pièce. Normal, vu que rien autour de nous n’existait. Et là je crois que j’ai jamais fait une bêtise pareille, que ce soit vaincre le monde par chaos, rendre Giles aveugle, ou même ma phase Bee Gees en CM2. Je l’ai embrassée, Buffy ! Sur la bouche. Longtemps. Sensuellement. Je l’ai complètement kiffée. J’en ai frissonné de partout de plaisir. »

Elle ferma les yeux un instant avant de poursuivre :

« Je sais, je sais ce que tu vas me dire. TDD. Trop de détails, Will. T’inquiète, je m’arrête là. Je m’arrête là parce que ça s’est arrêté là. J’ai continué jusqu’à ce qu’Illyfred retire ses lèvres des miennes. Elle m’a jeté un regard ahuri, et elle a quitté la pièce. Elle est partie sans rien dire. » Elle fixa le bas de sa feuille, son soupir cette fois pesant.

« Illyria, elle, est restée. Alors tu imagines le malaise. Elle n’a rien dit par la bouche mais j’ai la nette impression que si j’ai le malheur de la croiser seule dans un couloir de l’hôtel elle va m’envoyer bouler – au sens littéral du terme, “envoyer” : en l’air, “bouler” : en une sorte de boule, billard, bowling, flipper, au choix. On n’était déjà pas en super bons termes avant…

Les autres n’ont pas été plus tendres avec moi : Xander, donc, me tire une tronche de trois semaines, Angel m’a fait des allusions comme quoi les “rapprochements” entre collègues ça finit toujours mal, Faith m’a fait de grosses allusions comme quoi je n’ai pas intérêt à tenter ce genre de chose avec elle – GENRE ! Quant à Spike, j’aurais préféré qu’il fasse des allusions. En l’absence de Gunn il s’est auto-proclamé expert ès Fred et m’a carrément balancé qu’il n’y a jamais eu en elle, je cite, “un chouya de lesbos en chaleur” et que donc je l’ai forcée et j’ai abusé d’elle. Tu le crois, ça ? Tu le crois le culot de cette enflure ?!! Non mais y a des transformations en mouche à merde qui se perdent, je te jure ! Attends, c’est pas fini, j’ai aussi dû subir Giles et son speech sur la nuance cruciale entre éprouver de réels sentiments pour quelqu’un de réel et un fantasme pour quelqu’un de fantasmé. Et, tu te rappelles que Giles s’est un jour fait torturer par Angelus ? Eh ben figure-toi qu’il a pris des notes. »

Elle se demanda comment enchaîner, et continua sans transition.

« Donc, comme tu vois, ce n’est pas tous les jours évident pour moi en ce moment, et j’aurais bien eu besoin de ma Buffy préférée. Elle m’aurait consolée, m’aurait dit qu’une amoureuse n’existant qu’au travers d’un grotesque acte de travesti de la part du démon qui l’a tuée de perdue, dix de retrouvées. Et toutes ces âmes bien-pensantes se seraient bien gardées de se monter contre moi. Parce que tu leur aurais botté les fesses vite fait. Sérieux, Buffy ! De quoi ils se mêlent ? Ils sont tous en manque de soaps ou quoi ?

Enfin pas tous, y en a deux qui sont à des kilomètres de mes petits soucis quotidiens. Il leur faudrait des jumelles pour les voir, du haut de leur petit nuage. Eh oui, ils sont restés dans la même bulle rose où ils squattaient quand vous êtes partis. Moi je trouve ça mignon.

Tiens, à ce propos. Le rôle de la grande sœur, à qui on fait ses confidences, à qui on demande des conseils en matière d’amour – d’amour hétéro, qui plus est – il serait pas mieux rempli par, disons… je sais pas… LA GRANDE SŒUR ? Franchement Buffy, que tu nous aies désertés nous, tes amis, je tolère. On s’en remettra, on est grands, on n’a pas besoin de toi. Dawnie, en revanche… Tu ne penses pas qu’elle a assez perdu de famill » Elle s’arrêta. Elle n’avait pas souhaité prendre un ton accusateur. C’était le meilleur moyen d’échouer dans cette tentative de renouer.

Et si elle, se sentant un peu coupable, recevait une lettre lui reprochant précisément ce dont elle se sentait coupable ? La dernière chose qu’elle ferait serait de répondre.

— Elle va se braquer, conclut-elle à mi-voix.
Elle arracha la page de son bloc-notes et la froissa en une balle qu’elle lança dans sa corbeille à papier.
— Léger et sans conséquences. Fun, se recentra-t-elle en entamant un deuxième brouillon :

« Salut Buffy !

Comment ça va ? Nous c’est top. Tout le monde va bien et te dit bonjour. On est méga occupés par le boulot. Vous aussi, j’imagine. Il parait que votre business a bien décollé. Tant mieux, je suis contente pour vous.

Nous aussi, nickel. On tue des démons, les vamps s’engueulent, Xander plaisante, Faith se la joue cool. Comme d’hab, quoi.

À part ça, quoi de neuf… Ah, Giles a changé de lunettes ! Enfin, il soutient mordicus qu’il a changé de lunettes.

La belle-sœur de la tante de Connor a eu des chats. Les tourtereaux en ont pris un, roux, trop mignon, ça m’a rappelé Miss Kitty Fantastico ! Puis Spike l’a perdu au poker. Connor l’a explosé. Dawnie l’a récupéré à la SPA. Le chaton, pas Spike.

Sinon, voilà quoi, c’est tout. Désolée que ma carte ne soit pas plus intéressante, j’espère que tu la liras quand même. Si tu la lis, tu crois que tu pourras répondre ? Juste quelques lignes, pour donner de tes nouvelles ? Ça me ferait vraiment plaisir, je t’assure. Je sais que tu penses que ce n’est pas le cas mais ça l’est. Je comprends que tu m’en veuilles. Je m’en voudrais aussi si j’étais toi. D’ailleurs même sans être toi. J’ai vraiment pas assuré quand vous êtes partis. J’étais blessée. Je sais, ça ne justifie pas que je te blesse en retour, c’est juste pour expliquer. Je voudrais qu’on se reparle. Je pense à toi tous les jours. Si seulement je pouvais effacer de ta mémoire la façon dont j’ai réagi ! Mais la dernière fois que j’ai fait ça, mon monde s’est écroulé. Alors je ne peux qu’espérer que tu me pardonneras. »

Elle relut lentement le dernier paragraphe, un sentiment de gêne intense s’emparant d’elle.
— T’es ridicule ma pauvre fille… murmura-t-elle avant d’arracher la page.
Elle en fit une boule et visait la corbeille quand on frappa à sa porte.
— Oui ? invita-t-elle après avoir marqué un panier.

Angel resta dans le cadre de la porte.
— Tu as cinq minutes, là ? Tu pourrais descendre au labo ? On a une substance à analyser.

— OK, je finis un truc et je t’analyse ça.

— Et j’aurais aussi eu besoin que tu pratiques une autopsie, quémanda le patron.

— Encore ? s’exclama-t-elle peu enthousiaste.

— Mmh. Sur une loutre.

Elle se contenta de lui envoyer un regard mi-clos.
— Je finis un truc vite fait et je t’autopsie ça.

Il la laissa à son truc à finir.

Agacée par sa propre inefficacité, elle décida de zapper le brouillon et attrapa directement la carte. Elle la regarda un moment, espérant que les visages de ses collègues lui souffleraient les mots justes. Elle réussi à en tirer un sourire, toujours aussi amusée par la mine exaspérée de Spike sous son bonnet rouge à pompon.

Enfin inspirée, elle l’ouvrit et rédigea sa nouvelle missive.

Une fois terminé, elle colla un timbre sur l’enveloppe et la libella :

« Buffy Summers
c/o Gunn & Summers Defense Services
PO Box 515396
Los Angeles CA 90051-0396 »

Avant de glisser la carte dans l’enveloppe et de la remettre entre les mains du destin, elle se relut.

« Chère Buffy,

Joyeux Noël !

Willow »

"I don't want real life – I like fake life!"


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Re: Encore (projet de co-écriture)

- Tu boudes ?

Xander souleva le bandeau qui cachait son oeil gauche et le fit battre en même temps que sa paupière droite en faisant un oeil de bichon. Elle était la seule à des millions de kilomètres à la ronde avec qui il pouvait se permettre ce genre de pitrerie dégueu. Parce qu'elle, elle s'en fichait pas mal, de l'affreuse cicatrice. Et le bandeau de pirate, elle était bien trop cool elle-même pour trouver ça cool, elle était au-dessus de ça. Même si, il fallait bien l'avouer, il avait pas encore rencontré de fille qui trouvait ça cool. Fallait toujours qu'elles lui demandent ce qu'il lui était arrivé. Toujours. Et s'il osait dire la vérité crue - prêtre cinglé mis à part - du doigt dans l'oeil, plutôt qu'un "ouah, trop cool !", il se retrouvait généralement avec un... un truc pas cool.

Donc non, Xander Harris n'était toujours pas cool. La belle affaire. Mais elle, elle s'en fichait, des gens cool. Elle était le cool personnifié. Et ça n'avait rien à voir avec le cuir. Bon d'accord, le cuir, ça aidait. Le bleu aussi. Mais c'était tellement plus que... oh, et puis pourquoi il essayait encore de se justifier auprès de lui-même ? C'étaient les autres qui comprenaient pas. Lui comprenait très bien.
Elle, bah... pas sûr qu'elle comprenait non plus.

Pas sûr non plus qu'il la comprenait. Mais il était prêt à tout pour la comprendre. Pour une raison qui lui échappait totalement, elle supportait sa présence. Disons, elle avait l'air de mieux la supporter que la présence de Giles, par exemple. Alors que Giles, on aurait pu penser qu'il était le pote parfait pour elle : posé, réfléchi, pas marrant, avec des lunettes... Mais finalement, elle avait l'air de n'avoir qu'un simple respect de base pour lui. Ce qui n'était quand même pas grand-chose en comparaison.

Une ou deux fois, dont pas plus tard que deux mois auparavant, elle avait esquissé un très léger vague sourire quand il avait fait un commentaire bien sarcastique sur Spike. Il avait cru mourir ce jour-là. Parce que Spike, elle l'aimait bien. Alors pour qu'elle montre physiquement qu'elle appréciait une blague à ses dépends, fallait y aller.

Et pour une raison encore plus inconnue, elle semblait, à l'occasion, apprécier ses pitreries de bandeau. Ses "démonstrations de fierté paradoxale vis-à-vis d'une faiblesse physique exacerbée par une blessure reçue sans honneur et sans victoire consécutive", comme elle trouvait judicieux de les définir.

- Hé, Illyria, tu boudes ?

Elle détourna son regard de la commode un quart de seconde, le temps de l'observer. Il fit battre le bandeau de plus belle en souriant ; il y était presque.

Cela faisait plus d'une heure qu'elle était assise sur son lit sans bouger. D'ordinaire, Spike était le préposé à la communication, l'efficacité de ses méthodes étant, il était obligé de l'admettre, un peu plus rapide. Mais pour le moment, Spike était dans la cave, en plein entraînement d'espadon avec Connor.
Et c'était très bien comme ça.

- Bon, si tu boudes, je vais devoir passer à la vitesse supérieure, j'espère que tu te rends compte de ce qui t'attend. Pire que le dernier épisode de Battlestar Galactica, hein !

- Il regorgeait d'affirmations fallacieuses et tu as pleuré.

- Exactement ! Pire que ça.

Elle sembla intriguée ; du moins, elle pencha la tête. Il se posta en face d'elle, une main au bandeau, l'autre tapotant en rythme sur un genou.

- One, two, three o'clock, four o'clock, rock...

Elle pencha la tête de l'autre côté.
Il continua de plus belle.

- Five, six, seven o'clock, eight o'clock, rock...

Il lui saisit la main, l'obligea à se lever d'un geste brusque, attendit une seconde de voir si elle le jetait contre le mur d'en face, et entama un rock'n roll en semi-solo avec sa partenaire immobile en chantonnant le reste de Rock around the clock.
Le ridicule ne l'avait encore jamais tué, et il savait ce qu'il faisait. Avec le temps, elle avait appris à apprécier les paradoxes. Et le ridicule était le paradoxe suprême si on se l'infligeait volontairement. Il fallait juste espérer que personne...

- Illyria, pourrais-tu... oh.

Xander s'arrêta en plein élan, les bras tendus. Perplexe, Giles serra les mâchoires et retira ses lunettes.

- Pourriez-vous m'accompagner tous les deux à la cuisine ? Willow a terminé l'autopsie de la loutre.

Ben voyons. Willow qui interrompait son moment privilégié. Sans quitter sa position ni lâcher la main d'Illyria, le jeune homme gloussa.

- Une loutre ? Y a eu loutricide ?

- Il semblerait. Et toi, tu... ? répondit Giles en remettant ses lunettes, interrogeant du menton les bras écartés de Xander.

Sentant le ridicule sortir son fusil à pompes prêt à lui tirer dans le ventre à bout portant, il resta bouche bée.

- Euh...

- Xander tentait de venir à bout de ma méditation en employant une méthode différente de Spike, basée sur le paradoxe de son désir de communiquer avec moi et son inaptitude totale à y parvenir.

Sans se priver de son regard désapprobateur habituel, Giles parut  satisfait de cette réponse et fit un pas vers le couloir. Avant de disparaître, il repassa la tête dans le seuil de la porte :

- Attends un peu, tu essayais de... faire rire Illyria ?

- Oui. Voilà. Très bien. On arrive, lança Xander dans un souffle.

- Tu devrais te fixer des buts un peu plus simples. Escalader un cactus géant, par exemple.

Giles reprit son chemin.

Illyria baissa le bras et il lâcha sa main, dépité. Mais au moment où ils se mirent tous les deux en direction de la porte, il aperçut enfin ce qu'il attendait désespérément : une très légère, vague esquisse de sourire au coin des lèvres bleutées.

Il referma la porte et lui emboîta le pas, le cœur battant.

Plus simple ? Oui, c'était sûr, il y avait sans doute plus simple qu'Illyria. Mais plus cool, pas possible.



* * *



La tête nonchalamment appuyée sur la paume d'une main, à moitié avachie sur la table métallique, Willow attendait qu'Angel ait fini de lire son rapport d'autopsie griffonné sur son bloc-notes.
Autour d'eux, Faith, Giles, Xander et Spike ne cachaient pas leur impatience. Illyria l'ignorait superbement, et Connor et Dawn lisaient TV Guide en se tenant amoureusement la main.
Il faisait froid dans la pièce, et elle commençait à avoir les membres engourdis.

- Angel... ce rapport fait très exactement cinq lignes, alors dis-moi tout de suite si tu comprends pas un truc...

- Tu te fous de nous ? s'exclama Spike, qui saisit le bloc-notes des mains indignées de son aïeul, jeta un oeil aux cinq lignes, pour finalement lâcher un "ah" et prendre le même air perplexe que lui.

Il passa le rapport à Giles, qui le lut à son tour avant de le rendre à Willow.

- C'est tout ?

- C'est tout.

- C'est tout quoi ? demanda Faith à bout de patience. Je sais qu'il est tôt et qu'on est congelés, mais si on pouvait accélérer un peu...

- T'as des trucs à faire ? Un train à prendre ? Des cadeaux à acheter ? taquina Spike.

- Ouais, j'ai un train à prendre pour le magasin d'eau bénite, j'ai commandé toute une cargaison spécialement pour toi, mon bichon.

- Oui donc voilà, interrompit Willow pressée d'en finir avec cette petite réunion et de quitter la pièce, la loutre a été vidée de tous ses organes, sauf le poumon gauche et le foie.

- Sûrement une fumeuse alcoolique, pouffa Connor à l'oreille de Dawn.

Angel s'appuya des deux mains sur la table.

- Un animal vidé de ses organes, de la poussière bleue... toujours non identifiée ?
Willow secoua la tête.
- Ça sent le rituel, évidemment, mais ça ne me rappelle rien. Giles ?

- Pour l'instant, je n'ai rien qui mentionne ces deux éléments, mais je n'ai eu qu'une petite heure et certains étaient trop occupés pour venir m'aider, ajouta-t-il en tournant la tête vers Xander. Peut-être une secte non répertoriée qui vénère un démon, elles foisonnent à Los Angeles depuis l'apocalypse.

- C'est peut-être le trou dans la couche des zones ! s'écria soudain Dawn en levant les yeux. Parce que bon, on s'est renseignées avec Illyria, et la famille qui a disparu avait rien de bizarre. Même si bien sûr ils faisaient peut-être partie d'une secte, et si tout le quartier est en fait une secte, personne n'allait cracher le morceau, donc on peut pas savoir. Mais pendant qu'il y avait le trou, peut-être qu'un truc s'est échappé, ou que ça a créé des genres de... de... de conflits cosmiques qui ont désintégré cette famille et...
Tous les regards tournés vers elle, elle réalisa soudain l'absurdité de ce qu'elle allait dire, mais termina sa phrase malgré tout d'un air penaud.
- ... et vidé la loutre dans l'évier. Bon, d'accord, peut-être pas.

Un silence gêné envahit la pièce. Buffy lui manquait. D'habitude c'était elle qui se chargeait des théories débiles, et au moins, elle détendait l'atmosphère. Connor passa un bras réconfortant autour d'elle. Willow plongea la tête au creux de ses bras en soupirant. Angel et Giles se raclèrent la gorge en même temps et Xander se mit à regarder ses pieds, les poings serrés.

Faith finit heureusement par sauter bruyamment du comptoir sur lequel elle était assise.

- Purée, Dawnie, on avait dit qu'on n'en parlerait plus, de ce foutu trou de zones. Ces demeurés sont même pas capables de s'engueuler un bon coup, comment tu veux t'en sortir ? Les mélodrames, je vous jure ! Je vais patrouiller, réveillez-moi quand y aura du nouveau.

Elle tourna les talons et fit claquer la grande porte en métal derrière elle.



* * *



Le vieux Kaprun ouvrit la vitrine et leva les yeux vers son client.

- Alors ? On fait affaire ?

Gunn gratta son crâne rasé.

- Je sais pas trop... j'hésite.

- Y a pas à hésiter. Je vous parie toutes mes cornes que c'est ce qu'il vous faut.

- Ouais, mais je veux pas de la camelote. Elle mérite ce qui se fait de mieux.

Kaprun secoua sa tête velue.

- Où ça, y a de la camelote ? Y a pas de camelote ici. Que du nec plus ultra. Et celle-là, c'est le top du top. Vous l'essayez, si vous voulez. Faveur personnelle.

- Oui, enfin bon, elle est nettement plus petite que moi, alors ça rimerait à rien.

- Ah, oui, pas facile, pas facile.

- Non mais la taille, c'est pas le problème, je sais que ça ira. Mais entre ces deux-là, je sais pas... laquelle fait le moins cheap ?

- Cheap ? Y a rien qui fait cheap ici. Que du top du top.

Gunn posa un poing sur la table.

- Arrêtez le baratin ou je vous rase les joues sans lame.

- Celle de gauche, moins cheap. Et plus originale. La grande classe.

Le jeune homme se pencha sur la vitrine et la contempla encore un bon moment, les yeux brillants.

- Et puis merde, je la prends.

- Très bon choix ! Je vous mets un étui avec ?

- Tant qu'à faire.

Gunn tendit une liasse de billets d'une main, salua Kaprun et franchit la porte le sourire aux lèvres, impatient de voir la tête de Buffy quand elle ouvrirait l'étui.

Kaprun referma le tiroir-caisse en sifflotant un air joyeux, héla sa femme qui finissait de ranger l'arrière-boutique, et déplaça l'arbalète restante au milieu de la vitrine avant de la refermer à clé.

Mais dans l'arrière-boutique, plus personne ne rangeait les armes ; une épée et une fronde traînaient sur le sol recouvert d'une fine couche de poussière bleue.

Nath

Say hello to Mummy Bear.


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Re: Encore (projet de co-écriture)

Zique : Et l’on n’y peut rien (Jean-Jacques Goldman), The Game (Levellers), Every Breath You Take (The Police)


— Bon ben tu peux me lâcher la main, maintenant !
Connor s’exécuta nonchalamment, et continua sa route à ses côtés.
— Ils sont partis, là, insista-t-elle pour la forme. Ça t’ennuierait de garder tes petites démonstrations de possession pour quand on est en public ?

— Ouais, se contenta-t-il de répondre, s’arrêtant et humant l’air.

Dawn fit halte elle aussi et le scruta.
— Ouais quoi ?

— Ouais Madame, répliqua-t-il d’un air distrait.
Du coin de l’œil, il la vit mettre ses mains sur ses hanches.

— Ouais : ça t’ennuierait ou ouais : tu gardes pour en public ?

Il continua à fixer un point en l’air mais ne parvint pas à contenir un rictus malicieux.
— T’es marrante quand tu flippes.

— Oui bah tu continues à patrouiller en me tenant la main alors que Xander et Faith ne sont plus en vue depuis 500 mètres. Excuse-moi mais j’ai de quoi flipper.

Connor plissa les yeux, pensif.
— Hein ? C’est vrai. Mais t’sais, des fois quand je suis seul avec lui, je tiens aussi la pa-patte de Sir Leo McGinger.

La vision du tableau la radoucit au point de lui extirper un sourire. 
— Moi aussi. Oh, et comment il ronronne sa race quand tu le bascules sur le dos et que tu lui caresses le ventre !

— C’est bien ce que je dis : si fallait être amoureux à chaque fois qu’on bascule quelqu’un pour lui caresser des trucs… Angel nous a envoyés patrouiller à la réserve naturelle pour quoi, déjà ?

— Parce que c’est d’ici que vient la loutre RO-103-683. C’est toi-même qui as piraté les archives du FWS pour identifier sa puce, ballot.

Il leva des sourcils agacés.
— Pour, espace, quoi.

— Ah. Pour remplir son super Formulaire d’Observations d’Indices sur un Lieu Potentiellement en Rapport avec le Crime, voyons.
Elle sortit un papier plié en quatre de sa poche arrière.
— Question 1 : Vous trouvez-vous en présence d’indices ? Question 1a : Si oui, lesquels ? Option 1b : Si non, rentrez à l’Hyperion ou téléphonez à un ami pour d’autres options. Question 2 : Les indices repérés sont-ils des indices ou des êtres vivants ? Question 2a : Si ce sont des indices, sont-ils (a) statiques, (b) prélevables, (c) subjectifs ? Question 2b : Si ce sont des êtres vivants, sont-ils (a) des humains, (b) des animaux , (c) des démons, (d) des hybrides, (e) aucun/l’ensemble des quatre ? Question 3 : Décrivez les circonstances de votre découverte d’indices (~150 mots). Question 4 : Les êtres vivants mentionnés ci-dessus sont-ils à votre poursuite ? Option 4a : Si non, continuez. Option 4b : Si oui : Option 4b’ : fuyez, Option 4b’’ : battez-vous. Question 5 : Dans le cas d’indices de type 2a(b), le prélèvement est il recommandé ? Option 5a : Si oui…
Dawn releva lentement la tête, effarée.
— C’est trois pages de ça.

Connor haussa les épaules.
— Et pourquoi il le fait pas lui-même, on se le demande.
De l’index, elle lui indiqua un soleil flamboyant sans en dire plus.
— Je sais, mais s’il y avait quelque chose de pas net ici, il l’aurait repéré lui-même. Je doute que des indices soient miraculeusement apparus pendant la nuit. Ça pousse pas, les indices.

— Sauf dans le cas d’un démon fongique ou -- Comment ça, repéré lui-même ?

— La nuit dernière quand il est venu patrouiller ici, clarifia-t-il.

— Hein ? Mais il est pas venu patrouiller ici. Sinon il nous aurait pas envoyés nous aussi quelques heures plus tard. Il aurait pu relever lui-même ce qu’il y avait à relever.

— Clair, il abuse là, nous faire repasser derrière lui… Y a perfectionnisme et y a perfectionnisme.

— Mais il est pas venu avant nous, Connor ! Il nous l’aurait dit !

— Si. Il est venu la nuit dernière parce qu’il a plu hier aprèm.

Elle tenta de déchiffrer son visage.
— Et… il enquête sur les phénomènes paranormaux de pluie trop mouillée ?

Connor s’accroupit sur la berge de la rivière, fasciné par l’eau.
— Non, mais il n’a plus plu après l’aprèm. Si ç’avait été le cas je ne pourrais pas te dire qu’Angel est passé ici, or je peux, donc il est passé dans la nuit.

— Aaaah. Ouais, maintenant que tu le dis, ça explique tout… ironisa-t-elle.

— Bah tu réfléchis, et tu me fais signe quand t’as tilté, parce que moi je vais pas te faire un cours de biochimie.
Il sortit une fiole de sa poche et entreprit de la remplir d’eau de rivière.
— Je le connais, il pense sûrement qu’il a loupé un truc, que trois paires d’yeux valent mieux qu’une.

Elle épousseta de la main un peu de sable d’une roche, qu’elle recueillit sur le formulaire. Le repliant sur sa récolte, elle rangea le récipient et son contenu dans sa poche de jean.
— Ça explique toujours pas ce qu’Angel est venu faire ici. Avant même qu’on signe ce contrat. Et alors que notre témoin n°1 était encore en vie…

Ce fut son tour de la questionner du regard.
— Ça on sait pas. Willow a dit que sans l’estomac elle ne pouvait pas se prononcer sur l’heure du décès.

— Elle a dit : « il y a moins de 24 heures ».

— Et ça fait moins de 24 heures qu’Angel est venu sur le lieu de résidence de la victime.
Il ne put s’empêcher de sourire, s’entendant ainsi qualifier la loutre.
— Si tu veux mon avis, il avait entendu dire que c’était un coin à démons ici, et il est passé faire du ménage. Moi ça me choque pas plus que ça qu’un animal qui vient d’un coin fréquenté par des démons se retrouve à un moment éviscéré. 

Il souleva une pierre et, non sans une grimace dégoûtée, délogea un ver de terre hyperactif pour le lâcher dans une deuxième fiole.

Dawn s’assit à côté de lui, regardant la rivière couler devant eux. Elle soupira.
— On va pas pouvoir faire ça toute notre vie…

— Chasser le ver de terre ? taquina-t-il.

— Ouais. Parce qu’il revient au galop.

Il baissa la tête, la secouant de contrariété.
— C’était ton idée, la miss. Moi j’étais pas d’accord, je te rappelle.

— Ben justement. C’est mon idée, j’en détiens la propriété intellectuelle, et je décide, après deux mois d’essai sous conditions contrôlées, qu’elle n’est pas bonne. Je la retire du marché. Je la mets au rebus. J’en change.

— Ah non, trop tard ! Maintenant je suis d’accord. Pas d’accord, là !

— Mais ça rime à rien, Connor !

— Si, ça rime. Ça rime à pas se faire tuer, toi par Willow, moi par Angel.

Elle expira bruyamment.
— Mais non. Willow elle a bien d’autres soucis en ce moment que de péter un câble parce que sa meilleure copine et soutien moral et vital de tous les temps l’a laissée tomber comme un vieux déchet et reste injoignable au moment où elle a le plus besoin d’elle.
Elle fronça les sourcils, doutant de sa certitude.

Il arqua les siens, sûr de son doute.
— Et ce, par notre faute à tous les deux.

— Certes. Mais Willow c’est pas le genre rancunier… s’interrompit-elle, la vision d’un homme écorché vif faisant irruption dans son imagination.

— Eh bah Angel ça l’est. Je te le dis tout de suite. Il tolère d’avoir perdu les membres les plus précieux de son équipe uniquement parce qu’il estime que la passion vaut parfois ce genre de dommage collatéral. C’est son côté fleur bleue fanatique. S’il apprend qu’il y a jamais eu de passion, qu’il a perdu Gunn et Buffy à cause d’une passade de gamins qui se sont même pas investis…

— On a essayé, Connor. Y avait pas, y avait pas.

— Je sais, je dis pas. Mais avoue que ça valait trop pas le coup ! Eh ben c’est ce que tout le monde va se dire. J’ai pas le courage, là, Dawnie.

— Et moi j’ai pas le courage de simuler. C’est trop de boulot.

— Nan, c’est moins pire que… Attends, sérieux, déconne pas avec ça ! Je sais pas toi mais moi j’ai des antécédents ! J’ai juré à mon père que ça n’avait rien à voir avec mon passé de piqueur de nanas, et que là si je sacrifiais notre amitié avec Gunn c’est parce que j’avais trouvé la femme de ma vie, pas moins ! Il va même pas me rire au nez, le gars. Je lui ai perdu un pote, son plus ancien à LA, et un putain de tueur de démons. Pour rien ! C’est pas franchement son style d’humour. Y a trahison, là. Et va y avoir reniage !

Elle secoua la tête.
— Et tu proposes quoi ?

Il jeta un caillou dans l’eau.
— On continue. C’est l’amour fou. Jusqu’à ce qu’on récupère Gunn et Buff, et là, une embrouille et on casse. Ça passera totalement inaperçu. Tout le monde s’en foutra de notre vie.

Dawn le fixa.
— T’es complètement pas bien, hein ? On va se rétamer, Connor ! D’abord, on sait pas si on va récupérer Gunn et Buff un jour ! Ensuite… OK, Spike.

— Quoi, Spike ?

— Il voit tout ce malade. C’est pas un vampire c’est une… s’arrêta-t-elle, cherchant ses mots. Une bestiole ! Qui voit super bien. Pas une taupe, l’autre ? Le contraire ? C’est une anti-taupe !

— Ah ouais, mais comme tous les vrais romantiques, il est aveuglé par l’amour. Que ce soit le sien ou pas n’a aucune importance. Il adore notre couple, ma chérie. Son p’tit bout et son minot ensemble, ça le fait bien kiffer. Et c’est pas le seul. Faith dit rien, parce que c’est Faith, mais elle tripe que le bonheur existe. Giles pareil. Si tant est que Giles puisse triper. Tu veux les désillusionner ? Moi je t’aurai prévenue, tu auras leur déprime sur la conscience.

Elle haussa les épaules, et arracha quelques tiges de hautes herbes qu’elle se mit à tresser pour se donner une contenance. Après une ou deux minutes, elle rompit le silence.
— Connor ? Il sent quoi ?

— Hein ? commença-t-il, feignant l’incompréhension, puis se ravisa. Qu’est ce que j’en sais, moi ? Comment tu décris une odeur ?

— Bah, c’est possible. Je sais pas, c’est son after-shave ? C’est son sang, tu reconnais l’odeur de son sang ?

— Ouais. C’est son after-shave. Il est assez fort, et mon odorat aussi et donc voilà, je le repère, même des heures plus tard. Sauf quand il pleut. La pluie doit se mélanger aux particules d’odeur ou un truc.

Elle sourit.
— Menteur.

Il avoua par un éclat de rire.
— Je sais pas, Dawn, je sais pas expliquer une odeur !

— Mais si ! Tu sais bien à quoi ça ressemble ! Allez, dis-moi ! Ça sent quoi ? Le musc ? Le cramé ? L’essence ? L’herbe coupée ? ajouta-t-elle, moqueuse.

— Je sais pas ! Je sais pas, ça sent…
Il réfléchit, tentant de mettre le doigt sur l’odeur la plus proche.

— Le jambon ? La colle ? Les égouts ? Le dissolvant pour vernis à ongles ? Le renfermé ? Le shampoing à la pomme ? La tarte aux --

— Le calme ! identifia-t-il, cédant au harcèlement.

— Le calme ? interrogea-t-elle. Ton père sent le calme ?

— Mmh.

Dawn observa son visage, qu’il détournait, comme gêné.
— Son odeur t’apaise…

— J’en sais rien, t’as vraiment des questions débiles des fois.

Ils regardèrent droit devant eux en silence, scrutant l’autre berge, chacun perdu dans ses pensées. 

Dawn balaya de la main les graines de sa tresse de graminées, tombées sur ses cuisses.
— Si tu penses que c’est le mieux… On peut faire durer encore un peu… Combien de temps ?

— Pas longtemps. Jusqu’à ce qu’on récupère Gunn et --
Il s’approcha et l’embrassa à pleine bouche, l’entraînant dans un long baiser de cinéma. Il promena ses lèvres le long de sa jolie joue chaude, jusqu’à son oreille parfaite.
— Comment j’ai fait pour vivre sans toi toutes ces années ? Tu m’expliques ?

— Y a des mystères, mon amour. Mais on s’en fout de ce passé glauque, c’est l’avenir qui compte. Et moi, le mien, je le passe dans tes bras et pas ailleurs, prévint-elle, se blottissant contre lui.

Toujours assis sur la berge, il se tourna de trois quarts, s’apprêtant à se lever.
— On devrait peut-être bosser un peu, bébé ?

— Tout à l’heure… réclama-t-elle dans un soupir de bien-être en s’allongeant, la tête reposée sur les genoux de son Connor.
D’en bas, elle le contempla tendrement, se noyant dans ses yeux bleus. Là, tous petits reflets grandissants, avançaient Faith et Xander.

* * * *

Il perdait. Trois mois d’entraînement intensif, levé à l’aube – ouais, à midi, pareil – pour perfectionner son attaque, des heures de yoga quotidien devant la télé pour acquérir la concentration nécessaire, et au bout du compte, un match de championnat comme celui-ci, le tournant de sa carrière depuis qu’il aspirait à passer pro… Et il était en train de se faire ratatiner royalement. Par un crétin, en plus.

— Eh non. Tu lâches l’affaire ?

— Genre.
Jamais de la vie. C’était pas encore fini. Il pouvait se refaire.
— 50.

— Yeux ?

— Ouais. Nan ! Attends. Pupilles. 50 pupilles. C’est pas pareil.

— Non. 34 pour moi. T’es mort, Spike.

— Dans tes rêves, grand-père.
Il braqua des yeux menaçants sur lui. C’était ça. Qu’il fasse le malin avec son Filofax sur son tabouret de comptoir de réception. La putain de reine Victoria sur son putain de trône. Genre « je me la tape multitâche, moi, le grand vizir, je peux gribouiller mes conneries ET exploser Spike au schmilblick. » Il se la péterait moins quand faudrait cracher la mise, aussi.   
— OK. Ça a une tête.
Son adversaire leva le nez de son agenda, lui accordant à nouveau toute son attention.
— Prends ça dans ta p’tite gueule d’ange. Et fais péter une canette pendant que t’es assis.

— 34 à 22. Une canette ?

— Troisième tiroir du bureau.

Angel se leva en soupirant et traîna les pieds jusqu’au bureau derrière lui. Il laissa échapper un « whoa » en constatant le contenu à ras bord.

Spike attrapa la canette qu’il lui lançait et s’avachit encore plus dans le canapé rouge, dégoupillant.
— Eum, sers-toi, hein, s’entendit-il offrir alors qu’Angel reluquait toujours le tiroir d’un air hébété.
Contre toute attente, en cette après-midi et pendant le service, son boss le prit au mot et plongea la main dans la réserve de bière.
— Pas une Budweiser, prends une pas chère.

Angel fit une tête à la fois vexée et peu surprise.
— Je suis pas assez bien pour que tu gaspilles une bière de marque, c’est ça ?

— Non. Enfin, si, mais c’est pas pour ça. Les Buds c’est à Faith.

Pendant que son patron et néanmoins abruti se re-perchait sur son tabouret après avoir sauvé l’hôtel du délabrement en glissant un dessous-de-verre entre sa canette et le comptoir, Spike réfléchissait. Ça avait une tête. Et lui, donc, une belle jambe. Parce que c’était d’ordre démoniaque, et que les démons sans tête ça court pas les rues. Ou alors en zigzag et en se cognant partout… mais il digressait. Ça avait une tête, c’était assez grand, ça n’était ni rose ni vert ni jaune ni violet ni rouge. Ça n’était pas gluant. Ça volait, or ça n’avait pas de poils, ni de plumes. On était plutôt dans le dragonat ou apparenté.
— Un dragon ?

Angel eut un sursaut d’incrédulité.
— T’es déjà beurré ?
Spike balança sa tête en arrière, affligé par sa propre bévue.
— Qu’est-ce qui te prend de miser 100 alors qu’il reste 20 minutes ? On dirait un débutant. 134 à 22, donc. Merci, vieux, nargua-t-il en lui portant un toast de loin avec sa bière Costco.

Putain de bordel de pute ! 134. Il arriverait jamais à remonter, là, c’était foutu. Ou alors en la jouant très très très prudent. Ou très très très risqué. Retenter une espèce pour 100 boules direct… Il se mordit la lèvre inférieure. Ouais mais s’il se plantait, 234 à 22, c’était même pas la peine, et là, 234, qu’il doublerait pour abandon, 468 – mazette. 468 dollars plus sa fierté, ça faisait cher l’aprèm ensoleillée. Il eut un infime secouement de tête. Mmh, prudent, plutôt. Patient. Il l’aurait à l’usure. Une centaine de questions garanties et c’était reparti.
— Ça a des pattes.

Tout à son griffonnement sur agenda, Angel soupira.
— Non.

— Hein ?!

— Pas de pattes. 135-22.

— OK, je quitte.

Il leva lentement la tête et observa Spike. Il fit un petit sourire victorieux.
— Enfin ! C’est bien, ça prouve que t’es intelligent. C’est dur mais faut savoir ramper devant son maître. Comme au bon vieux temps, hein ?

— Pignouf, va.
Spike sortit son portefeuille et en parcourut l’intérieur.
— Un chèque, ça te va ?

Non. Ça lui allait pas du tout.
— Avec ta solvabilité ? Je préfère encore que tu payes en chatons.
Il le vit réfléchir d’un air machiavélique.
— C’est de l’humour, Spike. À moins que tu veuilles encore que mon fils t’explique, évoqua-t-il, provoquant un rictus amusé sur le visage du flambeur. Du liquide. 270 dollars sonnants et trébuchants, factura-t-il solennellement.

Le perdant acquiesça pacifiquement de la tête.
— J’ai pas ça sur moi, mais tu me prélèves à la source, no souci.

— Non, je t’ai déjà dit que c’est pas faisable, ça. Tu paries avec moi, là, pas avec Angel Investigations. C’est deux comptes différents, avec des liquidités différentes et des permissions différentes. Je peux pas me servir à ma guise dans la caisse ! Les virements sont automatiques : les clients payent au compte d’Angel Investigations, et les fonds ainsi acquis sont mensuellement transférés sur le compte de tous mes employés, selon les aptitudes, les responsabilités et l’expérience de chacun. Moi j’ai pas la possibilité de remanier les salaires. Sinon tu penses bien que ça ferait un bout de temps que tu toucherais pas un cachou.

Angel rebaissa la tête sur son agenda. L’avantage de ne plus avoir d’expert légal dans la Team, c’était qu’elle était désormais d’une naïveté rarement égalée. Bien sûr qu’il n’y avait pas la moindre intervention automatique dans le processus de paiement. Bien sûr qu’il pouvait se servir à sa guise dans la caisse et remanier les salaires. Bien sûr qu’il le faisait tous les mois, que c’était même la seule chose qui lui permettait de jouer, plusieurs fois par semaine, au schmilblick avec Spike, que sans une magouille de redistribution, de prendre un peu à l’un pour donner un peu à l’autre, de parfois même prendre un peu à Spike pour donner à Spike, il n’avait pas 34 dollars à risquer dans un jeu. Bien sûr que la crise touchait aussi les défenseurs des sans défense. Bien sûr qu’il n’y aurait pas de prime de fin d’année. Bien sûr que la Camaro n’avait pas été volée, enfin, si on considérait le prix auquel elle était partie sur eBay autre chose que du vol. Bien sûr qu’il avait l’air tracassé en ce moment.     
   
— Bah j’ai pas 270 dollars sur moi, qu’est-ce que tu veux que je fasse, que je te les tricote ?

Ah mais c’était la solution la plus réaliste qu’il avait envisagée depuis des semaines, ça. Enfin. Pour l’heure, ce qui importait ce n’était pas que Spike paye.
— Tu te débrouilles, moi tout ce qui m’importe c’est que tu payes. Y a un distributeur automatique à deux rues d’ici, tu sais ce qui te reste à faire.

Spike regarda par la porte-fenêtre.
— T’as vu le temps ? Je vais me faire torcher… s’interrompit-il, perplexe. Euh, du mot « torche ». Flambeau humain, quoi.

Angel le menaça du regard.
— C’est pas mon problème ! Tu raques, et tout de suite, sinon tu sais ce qui va t’arriver !

Serrant les dents à l’idée, Spike s’empara d’un plaid sur le dossier du canapé.
— C’est bon, je vais chercher ta thune. Laisse-moi me préparer, OK ? Hein ? Je me prépare psychologiquement à affronter le feu. J’essaye pas de t’entourlouper, Angel. OK ? J’y vais. Lentement, mais tu auras ton blé. D’accord ? Voilà, tu vois ? Je suis parti, l’amadoua-t-il en passant nerveusement le plaid sur ses épaules. Alors tu restes tranquillement où tu es. Voilà, c’est bien, on est cool tous les deux. Pas besoin de sortir ton Best Of de Barry Manilow.

Toujours assis, il considéra en soupirant le porche ensoleillé.

— Bon, c’est bon ! flancha Angel. Tu me fais pitié avec tes yeux de bébé phoque inflammable ! T’as qu’à faire un gommage si t’es vraiment coincé !

Spike plissa les yeux.
— Un gommage ?

— Mais oui. Quand la prochaine question remet le score à zéro. T’as jamais fait ça ?

— Non, qu’est-ce que c’est que ce délire ? On peut remettre à zéro ? Tu m’as jamais parlé de ça !

— Mais si, marmonna-t-il en se re-penchant sur le comptoir.
Il écrivit un moment et releva la tête.
— Ça te dit rien ? Pourtant c’est une règle de base -- Ah oui ! Je sais pourquoi ! Parce que je t’ai appris avec la variante de Los Angeles. Elle est plus facile pour débuter. Mais bon, depuis le temps qu’on joue, je pensais qu’on suivait les règles de Vegas maintenant. Enfin c’est comme tu veux, on peut continuer à la LA…

— Nan, je m’en balance de quelle variante. C’est quoi ton binz de gommage, c’est ça que je me demande. Parce que si on peut remettre le score à zéro je vois pas trop pourquoi je ferais pas ça à chaque fois que je suis en train de me faire étaler.

— Bah parce que.
Il avala une gorgée de bière.
— C’est pas aussi simple que ça. Déjà, on peut avoir un seul gommage par partie. Ensuite, si un joueur veut faire un gommage, il faut qu’il l’achète et que tous les autres joueurs soient d’accord pour lui vendre. Et enfin, le joueur gommant n’a qu’une seule tentative d’achat. Donc si tu me dis : « j’achète un gommage pour tant » et que je suis pas intéressé, c’est fichu, tu peux pas surenchérir et y a pas gommage. Et là, tu te fais carboniser en allant au distributeur automatique.

— OK, bah vas-y, je tente l’achat de gommage. Comment je fais ?

— Tu mises.
Il le regarda droit dans les yeux.
— Sur ma mise.

Spike eut un sourire en coin, comprenant mieux l’enjeu.
— Je vois… Et si tu gagnes tu récupères ta mise, la mienne, et ma thune.

— T’as tout capté. Alors je te conseille de bien choisir ta mise, parce qu’il faut à la fois que ça m’intéresse et que tu sois prêt à la perdre. Et pour que ça m’intéresse, il faut, en gros, que tu ne sois absolument pas prêt à la perdre.

Comme Spike prenait son temps, Angel décida de lui mettre un peu la pression :
— Et non monnayable, bien sûr. Je te rappelle que ma mise est de une semaine de congé sans solde, la suite de Xander, les pleins pouvoirs sur la télécommande de la télé commune, et mon silence sur ce maréchal ferrant que tu avais pris pour une Tueuse. Alors fais un effort pour que ta mise soit de la même envergure, ne va pas m’insulter. 

Spike passa minutieusement en revue ses possessions de valeur.
— Bon, j’ai trouvé. Voilà mon offre. Mon respect.

Angel fut médusé.
— Ton respect ? Tu m’offres ton respect ?

— Pour la durée entière de demain. Si tu gagnes !

— Tu m’offres ton respect pendant un jour ? continua-t-il d’halluciner. 

— Ah je suis comme ça, moi. Tu prends ?

De toute façon, oui, il prenait. Franchement, il s’attendait à son imper en cuir, alors… Mais c’est que c’était pas si tordu que ça…
— Détaille, un peu ?

— Demain, je t’aime bien. Je participe à tes conneries, j’écoute ce que tu racontes, je fais confiance à tes décisions… Je discute pas tes ordres, je me fous pas de ta gueule, je suis publiquement d’accord avec toi, j’affiche même un semblant de trace de soupçon d’admiration pour toi, allez, soyons fou.

Ça prenait une tournure débilement intéressante cette partie.
— Pas d’insultes ?

— Aucune, tête de pine.

— Je prends. Tu as ton gommage. 0-0, et la partie continue.

Spike finit sa canette d’un trait.
— Ça parle dans une langue démoniaque.

Il se remit à son agenda.
— Non. 1-0 pour moi.

Ridicule. Tout ça pour ça, ils avaient perdu au moins 10 minutes, là ! Spike assurait pas un clou aujourd’hui. Est-ce que c’était vraiment la bonne méthode ? Oui, pourtant, oui. Ça marchait dans cette série télé à la noix, et ça marchait ici. Six enquêtes, ils avaient résolu depuis qu’il avait mis en place ce système, donc ça marchait. Peut-être que House aussi il avait des jours où ses assistants assuraient pas un clou et où il galérait pour diagnostiquer. Mais en règle générale, vous preniez un leader avec un mystère sur les bras, vous lui balanciez un brainstorming carabiné, et il en ressortait toujours un début de piste. Et là où House avait vraiment été une inspiration, c’était qu’il avait inventé une génération nouvelle, mutante, surpuissante de brainstorming. On n’était pas dans le banal échange d’idées, là. On avait un leader, qui à cause de son expérience et sa motivation de taré, avait déjà lui-même la solution. Son équipe servait seulement à la faire remonter à la surface. Et pour ça, il avait sélectionné les équipiers les plus… en phase avec lui. C’était mathématique. 20 % de connaissance médicale. 80 % de télépathie.

— Bon, c’est pas rose, pas vert, pas rouge… Attends, ça a une couleur au moins ton truc ?

— C’est une question, ça ?

— Ouais.

— Alors oui. 1-1. Pourquoi, tu penses à une substance immatérielle ? Je t’ai dit que ça avait une tête.

— Mmh-mmh. Moi aussi.

— Ouais, tout est relatif.

— Moi aussi j’avais une tête quand j’étais un fantôme, pedzouille.

Angel le regarda.
— Et t’avais aussi une couleur.

— Ouais mais y a plusieurs races de fantômes, du con.

Ah ben voilà ! Quand il voulait bien faire un effort ! Là au moins on allait quelque part. Il fallait juste qu’il élabore un peu.
— Bah vas-y, mise sur fantôme.

— Bien sûr, je vais miser 100 à moins 8 minutes. Y a pas marqué « pigeon deux fois de suite » là-haut. Ça maîtrise la télékinésie.

— Euuum, attends que je réfléchisse…
Il écrivit dans son agenda : « Fantôme. Bon niveau de télékinésie. »
— Pas à ce que je sache. 2-1.

— Oui ou non ? « Pas à ce que je sache » c’est limite induction en erreur. Tu me dois 10 points de pénalité, là, non ? 

Angel fronça les sourcils.
— 2 à 11, grommela-t-il.

Spike étira ses bras derrière sa tête, et balança ses pieds sur la table basse, relax.
— Héhéhé. Dans ta tronche, pépère.

— Ouais ben dépêche-toi de poser des questions parce que je vais te taxer pour abandon, ça va pas traîner.

Oui enfin, début de piste ou pas, y a des jours, fallait vraiment se le farcir le Spike. Mais vu qu’à l’époque ça n’avait pas marché avec les trois autres candidats, il avait bien fallu se rabattre sur son quatrième choix. Connor, malgré les pouvoirs quasi-miraculeux qu’il octroyait à la méthode du brainstorming, avait foiré en ne lançant que des idées « orientées » : philtre d’amour, déesse de la beauté venue conquérir le monde, nouvelle race de vampires amazones… Faith, il la voyait encore, s’était calée dans son fauteuil de bureau en annonçant : « je suis à toi mon chou, qu’est-ce que tu veux que je te brainstormise ? ». Ce qui avait un tantinet anéanti le but recherché. Quant à Giles, il avait confondu brainstorming et étalage de sa science, en dehors de lui fournir une version parlée du Pergamum Codex, ça n’avait pas fait avancer l’enquête d’un pouce. D’où l’idée masochiste de nommer Spike son brainstormeur officiel. Ensuite, petit détail pratique, il avait fallu trouver un moyen que ce glandeur de première fasse ce qu’on lui disait de faire. Et la seule façon que Spike fasse ce qu’on lui disait de faire, c’était s’il ne s’en rendait pas compte. C’est pour ça qu’il ne lui avait jamais parlé de sa théorie housienne sur le brainstorming télépathique, ç’avait été bien plus efficace de le défier à un jeu de schmilblick improvisé. Leur première partie, il y avait déjà trois mois, avait mené tout droit au démantèlement de ce réseau de narco-sang. Et depuis, pour la première fois de sa vie, chaque fois qu’ils étaient coincés tous les deux à l’hôtel pour cause de soleil, Spike justifiait son salaire.

Déjà, il y avait des fantômes invisibles – cf. Dennis, dont lui avait parlé Fred – et des fantômes visibles – cf. lui-même. Ensuite, il y avait des fantômes gentils – cf. Dennis – et des fantômes méchants – cf. lui-même. Après, y avait tout un sous-ordre de sous-classes, avec des fantômes visibles mais transparents, des de forme humaine, des de forme drapière, des de forme de génie de la lampe… Casper, par exemple. Casper, il avait une tête, il n’était pas gluant, il avait ni poils ni plumes, il volait, et il n’avait pas de jambes.
— C’est blanc.

— Blanc… Blanc comment ?

— Blanc-gris.

Il secoua la tête avec un petit rictus malicieux.
— T’es toujours sur ton idée de fantôme… Quelle tête de lard. Je t’ai dit que c’était assez grand !

— Et les fantômes c’est minus ? Non, c’est pas minus. OK, ils arrivent à se faufiler dans des recoins, mais c’est plus par manque de corporalité que par taille effective. Qu’est-ce que tu crois, que quand un fantôme pénètre dans un appart il passe par le trou de la serrure ? Non, petite tête, il passe par la porte. À travers, précisa-t-il.

Angel haussa les épaules en griffonnant : « Maison fermée à clé. Possibilité d’effraction par incorporalité. »

— Alors, t’accouches ? Oui ou non pour blanc-gris ?

— Blanc ou gris ? Tu crois que je te vois pas grappiller une question ?

— Blanc.

— Non.

— Gris.

— Oui.

— 3-12 pour moi. Sinon, tu y tiens pas trop à mon respect ?

— Hein ? Ton respect il est dans la mise. Tant que tu gagnes pas, c’est moi qui gagne, coco.

— Quoi ? Mais si je gagne par points ?

— Si tu gagnes par points, c’est comme d’habitude : tu gagnes les points. Tu les transformes en dollars gagnés. Mais c’est toujours moi qui gagne la partie. Et donc qui gagne la mise. Tout est comme d’habitude, résuma-t-il d’un air désinvolte. La différence c’est que cette fois, en plus d’avoir quelque chose à gagner, tu as quelque chose à perdre. 

Spike le fusilla du regard.
— Tu me l’avais pas dit, ça, faux jeton.

— C’était évident. Je t’ai déjà dit : le schmilblick, c’est pas pour les petits joueurs. C’est un jeu où il faut prendre des risques, si tu joues en trouillard, tu perds à coup sûr. Tu peux sauver la face et te remplir un minimum les poches, mais tu ne gagnes pas. Toi tu crois que tu peux te mesurer à un pro comme moi, mais va falloir que tu aies un peu plus de coui--

— Je sais, je sais tout ça ! J’ai déjà gagné la mise deux fois, je sais comment ça marche ! J’avais pas percuté que ma mise pour gommage était à toi à moins que je découvre le schmilblick.

— Bah évidemment que si ! Sinon c’est trop facile, tu penses bien !
Il jeta un œil à son portable.
— Au fait, il te reste quatre minutes de jeu. Alors moi je serais toi, je zapperais le mode d’emploi.

Putain de règles à la con ! Quatre minutes, là, fallait commencer à deviner ! Ouais mais s’il perdait directement 150 boules, ça ferait mal. De toute façon c’était clairement un fantôme, ce nazos était peut-être un as du schmilblick mais il était nul au poker, et quand il s’agissait de bluffer, il faisait carrément pitié. Maintenant, la question, c’était quel type de fantôme. 
— Ça veut du mal aux humains.

— Hello ! Démoniaque ! Continue à jouer en pétochard, moi ça m’arrange. T’sais ce qu’on dit sur les joueurs lâches, hein.

— Non, qu’est-ce qu’on dit ? défia Spike.

— Oh rien. Oublie. 3-13.
Il griffonna rapidement : « Sauvetage de disparus : 15 000 $ + Prime de nettoyage de nuisible : 5 000 $ = 20 000 $ »
Toujours le nez dans ses notes, il marmonna :
— Dégonflé au jeu, dégonflé au pieu…

Il le cherchait, quelque chose de même pas légal. Petit branleur, va. Un jour, faudrait qu’il tente le chantage à la « OK, je joue plus jamais ». Juste pour voir sa gueule. Parce qu’il voulait bien être pris pour un demeuré, mais peut-être pas toute l’éternité non plus. Pour le moment, ça l’arrangeait. Il participait à la recherche sur l’enquête tout en jouant et en plumant occasionnellement le patron : ça lui allait parfaitement. Et en plus de le plumer, il l’entubait, parce que ce débile croyait qu’il n’était pas au courant qu’il bossait, là. Ça lui permettait de bosser sous couvert d’être payé à rien foutre. Fallait pas plaisanter avec ça, il avait une réputation de glandeur à préserver, lui. Enfin en attendant, il devait gagner cette partie, et il avait 2 minutes pour le faire.
— C’est mort…

— Un peu, mais on sait jamais, si tu traces et que t’es malin…

— Nan, c’est ma question, trouduc : c’est mort.

Angel examina son adversaire.
— Tu veux dire : « c’est un mort-vivant » ?

— Non, je veux pas dire ça. Si je dis ça je mise 100 dollars sur une espèce, fumier, tu vas pas me louper. Je veux dire exactement ce que je dis : avant c’était en vie, maintenant c’est mort.

— Ah OK, pardon. Je pensais que t’avais enfin un peu de cran pour jouer comme un homme. Au temps pour moi. Oui, donc, c’est mort. 3 à 14.

Bon, ça se confirmait. Et ça se confirmait que ce pèquenaud ne savait pas bluffer. C’est comme ça qu’il avait compris dès sa deuxième partie de schmilblick qu’il se faisait exploiter. Angel avait été trahi par son petit air mal à l’aise, là, le même qu’il affichait maintenant, comme s’il cachait quelque chose. Relax Max. C’était de l’exploitation volontaire, pas de quoi alimenter la bonne vieille culpabilité. Surtout qu’il allait lui rafler un minimum de 14 dollars plus la mise.
— C’est une âme.

Angel continua de le regarder, perplexe.
— C’est ou ça a ?

— C’est. Entre autres.

— T’as déjà vu une âme ? C’est comme un CD vaporeux. C’est pas pareil qu’un fantôme.

— Je sais. Mais un fantôme c’est en partie constitué d’une âme. Un esprit, quoi.

— Alors est-ce que ta question c’est : « c’est un esprit » ?

Spike sentit la panique l’envahir. Il adorait cette sensation. Quand on était sur le point de jouer gros. Quand on allait soit posséder totalement sa proie, soit se faire planter un pieu. Bien sûr, là c’était qu’un petit jeu minable entre deux ex-rivaux qui s’ennuyaient. Mais en ces temps difficiles de rédemption, c’était ce qui s’apparentait le plus à de l’adrénaline… 

Angel soutenait son regard. Règlement de compte à OK Corral, version globe oculaire. Ses petits yeux bleus de loup, qui lisaient l’âme. Spike était loin d’être un demeuré. Il devinait les choses. Il fouillait, et il découvrait ce qu’il ne devait pas. Il avait sûrement compris que ceci était plus qu’un jeu. Peu importe qu’il s’y prête consciemment ou non, il s’y prêtait. Il jouait. Et pendant que Spike jouait, il ne se posait pas de questions.

— Oui, se lança Spike. Je tente une espèce : esprit.

— Bien. Alors non. 103 à 14, annonça Angel en laissant échapper un rire. Et plus que 34 secondes avant que je gagne.

Merde ! Pourtant il était sûr de son coup ! Vite, vite, fallait deviner, là, plus le temps. Mais si c’était pas un esprit qu’est-ce que ça pouvait… Roh, il jouait sur les mots, à tous les coups ! Il avait tiqué sur l’âme. C’était un fantôme sans âme, donc pas un esprit, il le voyait venir.
— C’est un fantôme ! cria-t-il en bondissant du canapé. Sans âme ! Un spectre !

— Un spectre ? Non. Bien essayé, dommage. 253 à 14.

— PUTAIN !

— 20 secondes.

— Un ectoplasme ! Un fantôme de démon !

— Un fantôme de démon ? Précise ?

— Un démon sans âme ! Qui est mort avant d’accomplir ! Trouve plus la route de l’Enfer ! Condamné à errer sur Terre !

— Ouais mais tu devines pas, là. Sois précis. Un fantôme de quel genre de démon ?

— Cobra géant !

— Un fantôme de cobra géant ?

— Pas de pattes !

— C’est ce que tu devines ? Tu vas pas avoir le temps de deviner autre chose. Va pour « fantôme de cobra géant » ?

Spike, se prenant le nez entre les mains, acquiesça d’un hochement de tête effaré.

Angel attrapa son portable du comptoir.
— Un… et zéro. C’est terminé.
Il secoua la tête d’un air abattu, feignant ouvertement la déception.
— Oooh, c’est trop bête… Tu y étais presque ! Tu m’aurais dit un fantôme de serpent à sonnette géant…

Spike se dirigea vers lui en marmonnant comme un robot :
— Je vais le tuer. C’est bien simple, je vais le tuer jusqu’à ce que mort s’en suive.

— Mais non, nunuche ! Tu pouvais pas être plus loin ! Je t’ai dit que c’était pas un fantôme ! Tu vois, si t’avais tenté une espèce plus tôt… Enfin bref. Tu me dois 403 dollars, désolé. Plus ton respect demain, et ça, pas le moins du monde désolé.

Spike s’arrêta devant le comptoir, tenant tête au vainqueur. Sans détourner les yeux des siens, Angel ferma son agenda.
— Fais voir l’enveloppe, intima Spike les dents serrées.

À chaque fois. À chaque fois que Spike perdait il exigeait de voir la réponse, et à chaque fois il lui faisait le même speech.
— Pourquoi ? T’as des raisons de penser que je triche ? Je t’ai déjà roulé ?

— Parce que. Si jamais t’as joué sur les mots et que y a écrit « revenant », t’es mort. Raboule l’enveloppe !

Angel sortit une enveloppe de sa poche arrière et la lui tendit en sermonnant :
— Tu me déçois. Je savais qu’on n’était pas potes mais je pensais au moins que tu me faisais confiance.

— Pas avant demain, fit-il en décachetant d’un ongle.
Sa bouche s’ouvrit de stupéfaction.
— Tu te fous de ma gueule… lâcha-t-il en relisant le papier une deuxième fois. TU TE FOUS DE MA GUEULE ? Un Gentleman ?! Tu m’as dit que ça avait pas de jambes !

— Ah non ! J’ai jamais dit ça. Je t’ai dit que ça avait pas de pattes.

— Je vais le tuer ! beugla Spike. C’est trop pareil ! C’est trop pareil pour que tu survives !

— T’es fou ? Rien à voir ! Un Gentleman avec des pattes… N’importe quoi. Pourquoi pas une pieuvre avec des jambes, aussi ? Tu dis quoi, toi, un millejambe ?

— JE VAIS LE TUER !

Angel lui sourit calmement.
— Tut-tut-tut. C’est comme ça que tu t’entraînes pour demain ? T’as du boulot mon grand, tu devrais t’entraîner.

Spike fronça les sourcils.
— Attends un peu, sale tricheur ! Les Gentlemen c’est des démons ! Pas des morts ! Tu m’as dit --

— Je t’ai fait préciser ta question exprès. Tu m’as dit : « avant c’était en vie, maintenant c’est mort ». Buffy leur a explosé la tête. Avant ils étaient en vie, maintenant ils sont morts.

Spike serra les dents de frustration.
— ’Spèce d’enfoiré. Tu savais très bien ce que je voulais dire.

— Bien sûr. Mais au schmilblick, pas de pitié. C’est trop balaise pour toi ? Va jouer à Risk avec Xander.

Incapable de cacher sa rogne, Spike alla ressasser l’injustice de sa défaite derrière la porte-fenêtre, plissant les yeux face à la cour ensoleillée. Il recula d’un pas mais pas assez vite pour éviter de se prendre la porte dans le nez.
— Aïe ! Bordel, mais le monde se ligue contre moi aujourd’hui !

— Spike ? fit Giles en entrant. Derrière une porte n’est pas l’endroit le plus stratégique pour… ne rien faire.

— Vous voyez pas qu’il y a un collègue ! C’est des putains de carreaux en verre !

— On ne voyait pas au travers. La clarté intensifiait notre reflet, expliqua Illyria en refermant derrière eux.

— Gnagnagna, moi j’ai un reflet, imita Spike, bougon.
Il arrêta de se frotter le nez et la suivit jusqu’aux canapés rouges, où elle s’assit et le regarda s’asseoir en face d’elle sur la table basse.

— Willow n’est pas avec vous ? s’étonna Angel.

— Elle est allée faire une course, rassura Giles en le rejoignant à la réception. Je crois que c’est du shopping de Noël…

— Pendant le travail ? reprocha le patron. Vous ne lui avez pas rappelé que je ne vous paye pas pour vous amuser ?
Il vit l’air froissé de l’Observateur.
— Excusez-moi. Je suis un peu à cran avec cette histoire de famille évaporée. C’est connu, dans toutes les affaires de disparition, plus le temps passe, moins on n’a de chance de retrouver les disparus. Rien de concluant du côté de l’ex-mari, alors ?

— Il a une certaine animosité envers son ex, mais c’est souvent le cas. Il n’a pas essayé de la dissimuler, d’ailleurs, ni d’éviter nos questions. Mais il ne nous en a pas appris plus. C’est pour cela qu’on est rentrés, Angel : on l’avait fini, notre travail. C’est pour cela que Willow s’est permise une pause de quelques heures.

— Je sais. Je sais, elle a eu raison. Vous—vous aussi, tous les deux, vous n’avez pas arrêté depuis ce matin, faites un break.

Pour montrer sa bonne volonté, il alla jusqu’à la bouilloire électrique sur le bureau derrière, et entreprit de regagner les bonnes grâces de Giles d’une façon qui ne ratait jamais : en lui faisant un thé.

— Blue ?
Spike attendit qu’elle daigne lui octroyer le même regard attentif qu’elle accordait au poste de téléviseur éteint.
— T’aurais pas 403 dollars à me prêter ?

— Schmilblick ?

— Je te les rends avant demain, juré.

— J’ai ma carte d’obtention de biens matériels, tu peux en disposer temporairement.

— Nan. Merci mais ce bâtard ne prend pas les cartes. T’as aucun liquide sur toi ? Des billets je veux dire, pas de l’eau.

— Le papier qui rend les humains fous ? Non, pourquoi ?

— Je t’ai déjà dit, pourquoi. C’est comme ça qu’on possède les possessions, ici. On ne les a pas de façon innée. Hep-hep-hep, interrompit-il avant qu’elle n’ait le temps d’argumenter. Ta carte de crédit, c’est pas vraiment utilisé comme une pièce d’identité pour que tu récoltes ton impôt, tu le sais, ça. Tu passes ta carte à quelqu’un, il te reconnaît en tant qu’Illyria et tu obtiens ton truc, certes, mais à un moment dans l’histoire, le quelqu’un a plus d’argent et toi moins. Tu le sais, c’est de la révision, il est où ton diagramme que je t’avais fait ?

Elle se contenta de le fixer sans expression.

— Bon, ou sinon, si je te confie ma carte d’obtention de trucmuche, avec les chiffres magiques, est-ce que tu pourrais aller faire un tour jusqu’au distributeur à deux rues d’ici et me rapporter 403 dollars non calcinés ? Merci.

— Non.

— Hein ? Pourquoi ?

— Parce que la dernière fois que je t’ai demandé une faveur tu t’es dérobé et je t’ai dit que la prochaine fois que tu m’en demanderais une je te rendrais la pareille.

— Quoi ? Ça vaut pas ! J’en ai fait un bout ! Au moins le cinquantième ! Ça m’aurait pris la journée de discuter avec toutes ! Tu sais combien y a de plantes vertes dans ce foutu hôtel ?!

— 54.

— Ouais ! Donc tu vois bien que ça m’aurait pris la journée, alors que toi ça te prendrait 10 minutes d’aller me chercher ma thune.

— Par ta faute.

— Hein ?

— Nous en avions 56 avant.

— Illy, pour la dernière fois ! Les plantes ne se suicident pas ! Moi, par contre, encore quelques minutes de cette conversation…

— De surcroît, tu les offenses en dédaignant l’oxygène qu’elles te fabriquent.

— Illy, sérieux !

— Aucun respect.

— Illy, vas-y ! Sois pas vache ! 10 minutes aller-retour, quoi ! L’autre brêle il va me faire sortir en plein cagnard ! Tu veux une commission ? Je te file une commiss--

— SPIKE ! interrompit Angel, excédé. Dès que le soleil se couche on sort patrouiller, moi je couvre la zone Est, toi la zone Sud, débrouille-toi pour passer par un distributeur et tu me donnes mon fric demain en même temps que… le reste de ce que j’ai gagné, décrivit-il pour garder ça entre eux. Et arrange-toi pour pas te faire pulvériser, je te connais.

Il déposa une tasse en porcelaine avec sa soucoupe sur le comptoir devant Giles et se rassit en face de lui, l’accompagnant avec un mug de thé noir.
— Giles, dites-moi… C’est possible un fantôme de démon ?

"I don't want real life – I like fake life!"


5

Re: Encore (projet de co-écriture)

* * * *

— Chérie, je suis rentré !

Buffy pointa la commande vers la télé et baissa distraitement le son, tout en tournant la tête vers la porte d’entrée de leur deux-pièces. Elle lui répondit par un sourire, qui trahissait plus sa joie de le revoir après une demi journée qu’une appréciation de sa parodie du père de famille moyen s’annonçant dans son pavillon.
— Moi aussi, chéri. Pas trop dur au bureau ?

— Oh m’en parle pas, rouspéta-t-il en fermant la porte. Ma chef a exigé que je fasse des heures sup, cette peau de vache.

— Hey ! Fallait bien que quelqu’un tue ce Glavio, ça fait des jours qu’on procrastine !

— Hmm-hmm, et toi, unijambiste, comateuse, mortellement allergique aux poils de Glavio ? suggéra-t-il avant de se pencher au dessus d’elle sur le canapé, et de l’embrasser sur les lèvres.

— Nouveau petit haut, se justifia-t-elle facétieusement. Et t’étais dans le quartier. Mais j’ai fini le devis pour la dézombisation de la Warner ! C’est détaillé, cacheté, posté -- Empaqueté avec un nœud rose ? s’étonna-t-elle en fixant la longue boîte qu’il venait de déposer sur ses genoux. En quel honneur ?

— Mardi. Allez, ouvre !

Elle s’empressa d’ôter le couvercle et resta bouche bée.
— Ouah, Gunn, mais t’es fou ?

— T’aimes pas ? demanda-t-il avec un sourire qui révélait qu’il savait très bien la réponse.

— Elle est magnifique. Oooh, la griffe est en silex, on n’en fait plus des comme ça ! Je t’adore ! Où t’as dégotté une merveille pareille ?

— J’ai mes sources. Alors, tu l’essayes ? Ouh, bouge pas, lança-t-il en fonçant vers leur kitchenette. Accessoire indispensable à l’essai d’arbalète…

Il réapparut quelques secondes plus tard et se planta contre le mur face au canapé, derrière la télévision, à pas plus de 5 mètres de Buffy. Celle-ci lui fit une grimace d’incompréhension en le voyant se placer une orange sur la tête.

— On n’a plus de pommes, expliqua-t-il.

Elle attrapa un des pieux fins restés dans la boîte, chargea l’arbalète en un quart de seconde et visa.
— Hmm, Guillaume Tell, hein ? Celui-là, même Spike me l’avait jamais fait. 

— Tais-toi et tire.

Avant qu’il n’ait le temps de retenir son souffle, elle avait tiré et cloué le fruit au mur.

Gunn décrocha cette brochette d’orange et rejoignit sa compagne, s’accroupissant en face d’elle pour lui redonner le pieu.
— Alors ? Ça le fait ? J’étais pas sûr pour la taille.

— Nickel.
Elle l’embrassa à son tour.
— Légère et solide à la fois, et rapide comme la foudre.

— C’est pour ça que je l’ai choisie. Et l’arbalète, comment elle est ? plaisanta-t-il en lui faisant un clin d’œil.
Il se releva et se mit à peler l’orange, debout à côté du canapé. 
— Qu’est-ce que tu regardes ?

— Oh, rien de folichon.
Elle remonta un peu le son d’une main, et de l’autre prit le quartier d’orange qu’il lui tendait.
— Connor et Dawn.

— Han, tu permets ? pesta-t-il avec une moue écœurée  et en agitant sa demi orange. Je suis en train de manger !

— Mais c’est sans danger, je t’ai déjà dit ! Ils ne sont plus ensemble.

— Ah, tu crois ça, toi ? Et ben hier soir t’aurais révisé ta théorie. Tu te prépares pour une soirée tranquille à les regarder regarder The Dark Knight, et en plein milieu, paf, roulage de pelle comme c’est pas permis ! J’ai vraiment envie de voir ça moi, mon ex faire des cochonneries avec un môme à qui je changeais les couches-culottes y a deux jours ! M’ont dégoûté de mon pop-corn, tiens.

Elle ne put s’empêcher de sourire devant son air offusqué.
— Ils ont tout loupé, quoi. Heureusement que Willow pourra leur raconter le film.

— Ouais mais Willow elle a pas tout suivi non plus parce qu’elle écrivait ses cartes de Noë-- Attends un peu, là. Je t’ai pas dit que Willow regardait avec eux. T’étais censée être dans la chambre à faire de la recherche sur les nouvelles méthodes de dézombisation en masse, mademoiselle. Tu m’espionnes en train d’espionner ?

— Non, je suis une ace de la déduction, c’est tout. Les autres étaient sortis patrouiller, il n’y avait que Willow, Connor et Dawn à l’hôtel. Or ça fait des semaines que je n’ai pas vu Connor et Dawn s’embrasser quand ils sont tout seuls. Conclusion : Willow regardait avec eux. Et conclusion n°2, qui est également ma théorie que prouve cette conclusion : ils ne sont plus ensemble.

— Mouais. C’est léger, comme preuve. En général faut aussi un mobile. Je t’écoute, mobile de se rouler des palots à tout berzingue quand on n’est plus ensemble ?

— Ça, je sais pas encore.
Elle prit un air assuré.
— Mais je connais ma petite sœur.

— Moi aussi, rappela-t-il sur le ton du défi.

— Tu veux parier ? Une semaine de nettoyage des armes tranchantes !

— Ça roule, répondit-il en tapant dans la main qu’elle lui présentait. À part ça, j’ai loupé des trucs ?

— Pas grand-chose. C’est « recherche dans le calme » depuis que je suis rentrée. Ah si, attends, carrément ! Je suis passée pour remplir ma flasque d’eau bénite et j’ai choppé un bout de cet aprèm. Tiens-toi bien. Spike va grave faire de la lèche à Angel toute la journée demain !

— Non !?
Elle confirma en opinant du chef triomphalement.
— Eh ben là, tu vois, c’est dans ces cas-là qu’on regrette amèrement de ne pas pouvoir enregistrer. 

— Clair. Et pas seulement pour la postérité, ça serait une opportunité commerciale monstrueuse ! Imagine les possibilités de chantage !

Il s’esclaffa de bon cœur.
— En attendant je vais aller -- Bon dieu qu’est-ce que c’est que ça ? lâcha-t-il en apercevant l’écran.

Elle prit un air grave, partageant son effarement.
— Ça, c’est le cadeau de Noël de Willow à Illyria. Elle a dit que c’était pour toute l’équipe, mais c’est clairement pour Illyria. Et je vais te dire, elle m’inquiète un peu Willow en ce moment. Je sais pas ce qui s’est passé, mais quand elle se sent coupable de quelque chose elle fait des petites offrandes comme ça. Elle fait des cookies, ou elle fait ta dissert’ sur la Révolution Française…
Elle vit ses yeux rivés sur l’écran.
— Elle aurait mieux fait de faire des cookies, hein ?

— Et—Et Angel il a dit quoi ?

— Rien. Il est pas encore rentré, il est pas au courant du nouveau look de son hall.

— Il va criser…

Elle haussa les sourcils.
— C’est ce qu’a dit Spike en rentrant. Lui il a adoré. Xander aussi, mais lui, pas ironiquement.

Gunn resta un moment sans rien dire à regarder le hall de l’Hyperion.
— Vas-y, zappe un peu pour changer ?

Buffy lui passa la télécommande et se leva.
— Le sous-sol et le bureau y a rien, la cour, Spike qui se grille une cigarette, et la cuisine, un débat politique sur les droits des démons et les devoirs des hommes.
Elle ramassa son arbalète et alla la ranger dans un superbe coffre en bois gravé à la main, à côté de la porte de leur chambre.

— Je mets la cuisine cinq minutes.
Il appuya sur trois chiffres et un plan, vu d’un coin du plafond, de la cuisine de l’Hyperion s’afficha sur le téléviseur.

Autour de la table rectangulaire étaient assis Illyria, Xander et Faith, chacun face à une assiette propre.

Giles, armé d’une poêle à frire, pivota sur ses pieds et versa une part d’omelette toute chaude devant Faith et Xander.
— Illyria, sûre ?

Comme elle ne répondait que par un regard turquoise-noir vers Faith, il se servit la dernière part et s’assit à la quatrième assiette.

— Foudroie-moi tant que tu veux, Blue. Ça changera pas le fait que les êtres ne sont pas égaux.

— C’est précisément mon propos.

— Cool ! Vous êtes toutes les deux d’accord, donc ! s’exclama Xander. Giles, top omelette.

— Peu importe leur force ou leur faiblesse, ma biche. C’est leur âme qui détermine leurs droits.

— Non. Un être sans âme peut avoir les mêmes droits qu’un être pourvu d’une âme.

— Ah, tu trouves ? Ce doit être les fines herbes.

— Ah, je vous assure. Gastronomique.

— Eh bé. Un démon despotique démago. Ça fait flipper.

— Je te défends de m’insulter. Je n’ai jamais été démago.

— Tu peux sortir tout ton thésaurus interne, poulette, c’est de la démagogie que tu nous fais, là. Tout le monde il est beau, tout le monde il a droit à des droits ?

— J’aurais appelé démagogue l’assertion que ceux qui ont une âme sont bons et par conséquent méritent des droits alors que les méchants sans âme, non.

— Ah. Illyria marque un point pour sa définition de la démagogie, Faith.

— Giles ! Déconnez pas ! Je croyais que vous étiez dans mon camp, vous allez pas me lâcher en plein milieu ! Trois contre une, y a pas, ça craint !

— Pourquoi trois contre une ? Je suis sans avis, moi ! se défendit Xander.

— Tu parles, Charles. T’arrêtes pas de lui faire l’œil doux, elle argumenterait les droits des amibes à poil dur que tu serais d’accord avec elle !

— J’y venais, enchaîna Illyria.

— Aux—Aux  amibes ? questionna Giles.

— Par extension. Il est variablement accepté que les individus du règne animal soient dénués d’une âme. Selon ta dialectique ils n’auraient pas de droits.

— Pas les mêmes que les humains, non, persista Faith avant de boire une gorgée de Chardonnay. Je me vois mal filer le droit de vote à un canard, par exemple. Même un qui a du vocabulaire, insinua-t-elle moqueusement.

— Donald, passe encore, marmonna Xander, mais Daffy Duck, là, je dis non.

— Tu dis cela parce qu’il est noir, accusa Giles.

Illyria lança à Faith un regard hautain.
— Tu raisonnes comme quelqu’un qui n’est pas cannibale.

Faith se tourna vers Giles, puis Xander, et finalement Illyria.
— Euh… Oui.

— Et puis après, médita Xander en avalant une bouchée, avec le réchauffement de la planète et tout, ils iraient tous voter colvert.

— Tu ne manges pas ton espèce mais les autres. Tu considères donc les autres espèces comme de la viande, et ton espèce comme suprême.

Giles remua ses sourcils vers Xander.
— Suprême…

— De canard ! rétorqua-t-il.

— De ton dérisoire point de vue d’appartenante, poursuivit Illyria, seule ton espèce a des droits. Pourquoi donner des droits à de la viande ?

— N’importe quoi ! s’indigna Faith. Si j’étais végétarienne je donnerais toujours pas le droit de vote à un canard !

— Auquel, remarqua Giles, cette discussion ne casserait pas trois pattes. 

— Tu revendiquerais toutefois ton espèce comme la plus apte à avoir des droits. Tu aurais la même position de constituante d’un groupe. Mais avec moins de cholestérol. Ton argument n’est pas plus élaboré que du vulgaire patriotisme. Et il est très faiblement cosmique.

— J’hallucine ! Traite-moi de facho, aussi ! J’ai tripé où c’était toi, y a cinq minutes, qui postulais que tous les êtres ne sont pas égaux et qu’il y a les forts et les faibles ?

— Ouah, Faith, « postuler » ! félicita Xander.

— Ouais mais elle m’énerve ! se justifia-t-elle.

— Tu n’as pas tripé. Il y a les forts et les faibles, le nier équivaudrait à du déni. Et les forts ont déjà le pouvoir. Les droits doivent donc être donnés aux faibles. C’est donc la faiblesse ou la force d’un être qui détermine ses droits. C’était bien mon postulat d’il y a cinq minutes, merci de le rappeler.

Faith observa l’Observateur, le sommant du regard de réagir.

Il finit son verre de Chardonnay et eu un petit haussement d’épaules.
— Donner des droits aux faibles, je ne vois pas le problème, Faith. On n’est pas loin de  « défendre les sans défenses », Illyria suit une logique.

— Non, je suis désolée ! Ça fait quatre ans qu’on bosse sur la question avec Buffy, c’est pas pour en arriver à la conclusion que les faibles ont des droits point barre ! Nous on avait dit, en gros : les droits c’est pour ceux qui sont capables de changer. Un démon, âme ou pas âme je m’en fous, qui est pas capable de changer, il a pas de droits dans notre monde. Il est démon, et ensuite démon, et ensuite vers la fin, démon ! Il rétablirait la torture, on va pas lui filer le droit de vote ! On va déjà commencer par pas lui filer le droit à la vie. Pour les autres droits, il négociera après.

— Même s’il est faible ? demanda Illyria.

— S’il est faible il nous fait pas chier. S’il est faible au point de pas être une menace, il vit sa vie, c’est pas mon problème ! Demande à Clem. Il fait ses petites démoneries dans son coin, tant qu’il est trop faible pour emmerder le monde, il a des droits limités qui correspondent à ses besoins. Tiens, je lui donne les même droits qu’un canard.

— Mais s’il est faible ET incapable de changer ? insista l’Ancienne.

Faith mâchouilla une boulette de pain.
— Bah là c’est chaud.

— Pourquoi, puisqu’il est faible ?

— Parce que, si c’est un démon incapable de changer, moins il est faible plus il est dangereux, et plus il a de droits moins il est faible.

— Tu vois pourquoi j’ai changé de chaîne… murmura Buffy, debout à côté de Gunn.

— Purée, ils me donnent mal au crâne. Et faim !

— Je vais mettre une pizza au four.
Elle l’embrassa tendrement et se dirigea vers la cuisine.

Gunn prit un crayon à papier de la table basse, ainsi qu’un bloc notes à pince où était accroché une grille d’emploi du temps.
— Elle est où Willow ? demanda-t-il assez fort.

— Dans sa suite ! répondit Buffy de la cuisine.

— S’il est fort et incapable de changer, je vois même pas pourquoi tu poses la question.

Gunn tapa un autre code de trois chiffres sur la télécommande et le hall apparut à l’écran.

Spike buvait une bière dans un des deux canapés rouges, pendant que Dawn et Connor, toujours attablés à leur recherche, se souriaient amoureusement.

Gunn griffonna quelques mots sur l’emploi du temps, et releva les yeux vers la télé. Il eut un mouvement de surprise en voyant des poissons exotiques nager d’un bout à l’autre de l’écran, sur fond d’eau bleue et de paysage aquatique.

Il se saisit de la télécommande et recomposa le code du hall.

Les poissons continuèrent leur vie maritime sous ses yeux. 

— Buffy ! Y a une merdouille !

En constatant que sa télé avait des airs d’aquarium, elle accourut auprès de lui.
— Qu’est-ce que t’as foutu ? accusa-t-elle en lui prenant la télécommande.

— Mais rien ! J’avais mis le hall, et là, plouf, poissons !

Elle pianota elle-même quelques secondes, en vain.
— Le hall ? Y avait qui ?

— Dawn, Connor, Spike.

— Ah, y avait Spike ! Bon. OK. Je sais ce que c’est. Pas de panique, ça va reveni--

Avant même qu’elle n’ait fini sa phrase, le hall de l’Hypérion réapparut devant eux.

— Voilà.

Comme elle ne s’épanchait pas plus, il la confronta.
— Qu’est-ce que c’est que ce binz ?

— Rien. J’ai enfin réussi à chopper un gars du service audio-visuel à midi. Il est venu m’installer le système de censure automatique. Mais il l’a mal réglé cet idiot, parce que je lui avais dit que je le voulais pas trop sensible. C’est rien, je vais les rappeler demain, il va venir me réparer ça.

— Buff ! On avait dit que finalement on le mettait pas ! C’est dangereux la censure, on risque de louper des détails ! Ça censurait quoi, là, ça s’est activé pour quoi ?

Elle secoua la tête.
— J’imagine que comme Spike est là, Connor et Dawn se sont embrassés.

— Quoi ? Pour un petit baiser de rien du tout ?

— Il est trop sensible, j’y peux rien ! Le gars m’a laissé des instructions pour le régler mais c’est en Sumérien. Je le rappelle demain, il va nous arranger ça. Flippe pas.

— C’est toi qui flippes ! On avait dit qu’on le mettait pas. Ça me prend la tête, Buffy !

— Bébé, mais pourquoi tu prends ça mal ? J’ai changé d’avis, c’est tout. Tu veux que je discute de tous mes moindres petits changements d’avis avec toi, c’est ça ?

— Non, c’est pas ça.
Il se tut, vexé, un moment.
— Si tu n’as plus de sentiments pour lui, je vois pas pourquoi tu as besoin de censurer quoi que ce soit.

— Bien sûr que je n’ai plus de sentiments pour lui ! C’est juste que je veux pas tomber sur une scène porno !

— On n’a pas les chambres, il ferait ça en public ?

— Quoi, dans le lobby, tu crois que ça le gênerait ? Mais il fait ça tranquillou dans un magasin de magie, lui ! Même célibataire, y a toujours un risque de coup d’un soir.
Elle haussa les épaules.
—  Ça m’a fait mal, j’ai pas envie de raviver la douleur. Y a des déjà vu qu’on veut pas revoir, c’est tout.
Comme il ne répondait pas elle ajouta :
— Tu le sais bien que ça fait mal, même s’il n’y a plus de sentiments. Si Fred et Wesley étaient encore en vie, tu serais le premier à mettre des poissons partout.

Il lui exprima sa compréhension par un petit sourire triste.

— Je vais me changer. Je suis encore couvert de sang de Glavio, annonça-t-il en allant dans leur chambre.

Buffy soupira, et se rassit dans le canapé en cuir.

— Tête de nœud. Glandu de ta race. Petite tapette. Roi des phoques ! accueillait Spike depuis son siège, alors qu’Angel entrait par la porte fenêtre.

Il secoua la tête, incrédule.
— J’arrive tout juste, pourquoi tu m’insultes comme ça ?

— Il est pas encore minuit.

Angel s’arrêta net, éberlué par la monstruosité à laquelle étaient assis Dawn et Connor et qui divisait le hall en deux perpendiculairement au comptoir de réception.
— Qu’est-ce que… Qu’est-ce que… Quoi ?

Connor lui sourit.
— Ça ? Contrairement aux apparences ce n’est pas un banal sarcophage, non-non. C’est un sarcophable. Un sarcophage-table, très versatile, autant pour vos travaux de type recherche sur codex que pour une pause-café. 

— WILLOW !! beugla le patron vers l’escalier.

Buffy replia une jambe vers elle et dévissa un flacon de vernis à ongles.
— C’est bête, je l’aimais bien, Willow.
Elle arrêta un instant de se peindre les orteils et regarda son amie arriver dans le hall.

— Ah, Angel, tu as vu mon cadeau de Noël ? Je voulais trouver un truc sympa pour la Team. Je sais, c’est un peu gros, mais j’ai cherché plus petit, y a pas en sarcophages d’origine. Tous les plus courts c’est soit des copies, soit des pièces trafiquées. Soit des pharaons nains. Et puis comme ça on tiendra tous autour si besoin est.

Il fixa le meuble éléphantesque, muet.

— Ça te plait pas ? fit elle avec une moue dépitée.

— Ça… C’est… C’est pas que ça me plait pas… Ça va pas avec le style de l’hôtel…

— Ah si, ça va pile poil, contredit Dawn. C’est de la même époque. Hypérion : vieux, sarcophage : vieux.

— Mais c’est du vrai ? s’étonna Angel. Ça a dû te coûter les yeux de la tête…

Willow s’esclaffa.
— Ah, t’es drôle ! Comme si je pouvais me payer une antiquité de l’Antiquité avec mon salaire ! Tu sais que ça se trouve qu’aux enchères ce genre de truc ? Ils font pas de crédit les commissaires-priseurs Vinji.  Nan, évidemment, j’ai mis ça sur ma note de frais.

Angel la regarda gravement.
— T’as payé avec la carte d’Angel Investigations ?

— Mais oui, t’inquiète pas ! C’est pour la Team, c’est pas pour mes besoins personnels. Mais j’insiste pour en rembourser une partie ! C’est mon cadeau, après tout.

Il s’avança vers le sarcophable et passa l’index sur les nervures du bois.
— Et bien sûr, tu peux pas le rapporter ?

— Non.
Elle eut l’air blessé.
— T’aimes vraiment pas…

— Non, c’est pas que…
Il soupira.
— Ça va pas avec le style de l’hôtel…

— Oh, s’immisça Spike, une bonne toile cirée à carreaux et on n’y fera même plus attention.

Buffy changea de pied en souriant.
— Quel fouteur de merde, marmonna-t-elle.

Une sonnerie la fit sursauter et rater son troisième orteil gauche.

— Gunn ! Téléphone !

— Vas-y, toi ! répondit-il de la chambre.

— Non ! Raboule-toi ici ! Grouille !

Il la rejoignit, s’installa sur le canapé à côté d’elle et s’empara du téléphone sans fil sur la table basse. Tout en jetant à sa copine un regard à la fois attendri et moqueur, il appuya sur un bouton du cadrant.

Elle attrapa le bloc à pince et le crayon.
— J’aime pas couvrir le téléphone toute seule. On peut pas enregistrer, si jamais je loupe un truc important…

— Angel Investigations, Angel à l’appareil, vibra le haut-parleur de la télé.

Une diode verte s’alluma sur le combiné entre eux deux.
— Angel, c’est moi, annonça une voix féminine.

— Hey, Leonard… fit le vampire d’un air mal à l’aise.

Buffy pointa la télécommande sur la télé et, appuyant sur 5, volume, +++++, zooma sur le visage de son ex.

— Euh, non. Harmony, corrigea le téléphone sans fil.

Buffy et Gunn se regardèrent.

— Ça va ? Dis, je t’avais dit de jamais jamais jamais jamais JAMAIS appeler sur le fixe. Pour pas déranger mon staff, tu te rappelles ? Sacré vieux Lenny !

— « Harmo », pas « Lè »…

— Qu’est-ce que je peux faire pour toi, mon vieux ?

— Ah ! Lenny ! Je pige. Donc, voilà, déjà, rien de grave. J’ai eu un tout petit souci mais j’ai tout réparé toute seule. À la limite j’aurais même pas besoin de te le dire.

— Hmm-hmm, hmm-hmm. Et en quoi ça consiste ?

— En plus c’était carrément pas ma faute. Y a plein de vent, cet hiver. Alors te fâche pas contre moi, je suis pas responsable de la météo.

— Ah, la météo, c’est plus ce que c’était. Noël au balcon, mort atroce par longue décapitation.

— Hein ?

— Accouche.

— Ben voilà, j’étais en route pour… ce que tu sais, insinua-t-elle pleine de mystère, et je passais par la plage. Et je sens que le vent m’a toute décoiffée. Alors j’ouvre mon sac à main pour sortir mon miroir de poche, et là je sais ce que tu vas me dire, mais je me recoiffe toujours devant un miroir, ça m’aide à me concentrer. Bref. Je fais tomber mon sac, il s’ouvre, ma fiole se fracasse contre un coquillage, coup de vent, toute la poussière bleue se barre à la mer.

Angel écarquilla les yeux.
— Toute ?

— Euh, je sais pas comment t’annoncer ça. Bon je me lâche. Ouais, toute.

— Et t’as réussi à réparer, tu disais ?

— Bah, ça a pas été facile mais en mettant à profit un mélange de mon ingénuité naturelle et de ma coquetterie… naturelle, j’ai trop assuré comme une bête.

— Comme une bête ? Je veux pas le croire. Raconte-moi tout.

— C’est trop du génie. J’ai recréé ma propre poussière bleue en mélangeant de la farine et de l’ombre à paupière. Bon, j’ai passé trois heures au rayon cosmétique pour trouver exactement la bonne teinte de bleu, mais ça le fait nickel. On n’y voit que du bleu.

— OK. Bien joué.

Il y eut un silence qui fit froncer les sourcils à Angel.

— T’es pas fâché ? reprit Harmony.

— Non. T’as bien fait de me donner de tes nouvelles, Len.

— Je me suis dit qu’il valait mieux que tu sois au courant au cas où une analyse chimique révèlerait que c’est pas la même poussière.

— Ouais, comme je dis : t’as bien fait de me donner de tes nouvelles. J’aime bien avoir des nouvelles. Je te rappelle un de ces quatre, OK ? On se fera une bouffe. Allez. Bonjour à ta petite famille.

— Ah, tu m’éclates ! À plus, Bossy.

Ils raccrochèrent en même temps.

Dans le deux-pièces de Gunn et Buffy, le lourd silence fut brisé par la sonnerie du four annonçant la pizza.

"I don't want real life – I like fake life!"


6

Re: Encore (projet de co-écriture)

* * * *


Faith prit une profonde inspiration et expira bruyamment avec un sourire satisfait. Giles le remarqua et l'interrogea du regard.


- Ça sent le soufre, lâcha-t-elle comme si cette explication en était une.


Son ancien Observateur tapota le sol du bout de son épée fine.


- En effet. Ce n'est plus une nouveauté depuis la presqu'apocalypse.


- Ouais. Vous savez à quoi ça me fait penser ?


Il chercha la réponse dans ses yeux enthousiastes et la trouva presque instantanément, ce qui le fit sourire à son tour.


- À une Bouche de l'Enfer, formula-t-il à voix haute.


- Ouaip, un bon petit arrière-goût de Bouche de l'Enfer, et c'est pas pour me déplaire.


- Ça ne m'étonne guère de ta part, mais j'ai du mal à imaginer une raison valable.


- Oh, c'est pas que je sois fan des Bouches de l'Enfer en elles-mêmes, parce que bon, ces trucs ont le chic pour attirer les démons les plus crades, tous les dégoulinants en quête de fin du monde qui trouvent toujours le moyen de me faire valser dans une flaque de bave toxique...


- Ce n'est jamais un plus.


Elle se cambra pour s'étirer, les bras en croix.


- Tu m'étonnes. Je suis pas contre me salir, mais la bave toxique, ça manque carrément de classe.


- Tu n'es donc pas une fan, la réaiguilla-t-il.


- Ouais, mais le truc, c'est que près des Bouches de l'Enfer et leurs copines – je compte les villes presqu'apocalyptiquées dedans, il se passe toujours un truc intéressant.


- De l'action, en somme.


- Ça a rendu Cleveland intéressant, c'est dire.


Sans oublier de guetter les alentours, il se mit à dessiner des cercles dans les gravillons.


- Ne prends pas mal ce que je vais te dire, Faith, mais quelque chose me tracasse depuis un certain temps.


Elle sauta du muret où elle était installée, soudain de moins meilleure humeur.


- 'Tain, Giles, vous allez pas me la refaire. C'est pas comme si on en avait pas déjà parlé cent cinquante mille fois au cours des dix dernières années. Entre vous, Angel et Bee, c'est plus un remake, c'est carrément des rediffs.


- Pardon ?


- Vous alliez pas relancer une séance de Sauvons le Soldat Faith ? Parce que bon, ce mec, là, c'était pas 100% ma faute !


- Mmm ? fit-il en se remémorant les événements de la semaine passée. Non, voyons, personne ne te considère responsable de la mort de ce... tueur en série.


- Oui alors hein, déjà, c'était un tueur en série, même si je le savais pas à ce moment-là. Mais ce con s'est foutu à deux mètres du Trahktar ! Et avec une montre au poignet, en plus ! Je pouvais pas prévoir qu'il allait tout faire pour le rendre dingue.


- Je sais, je sais. Ce n'est pas ça qui me tracasse. Ça date de la bataille de Sunnydale.


Elle enjamba la barrière d'une aire de jeux pour enfants, agrippa la barre d'une balançoire et fit un salto avant. Elle dégaina son pieu de la poche arrière de son jean et le planta dans le dos d'un vampire tapi derrière un buisson. Elle revint ensuite vers Giles en se dépoussiérant les mains.


- Je suis déçue, c'est au moins le cinquième trouillard d'affilée. La bataille de Sunnydale, hein ? C'est le nom officiel ? En tout cas, ça fait un bail.


- Oui, mais je pense plus précisément à l'avènement de toutes les Tueuses. On ne les a encore pas toutes recensées évidemment, mais on peut être sûrs que nombre d'entre elles sont nettement plus âgées que toi ou Buffy. Il y a quelque part des mères de famille, voire des grands-mères, qui sont devenues des Tueuses.


- Euh... Oui, sûrement. Mais ça me perturbe un peu d'imaginer une mamie casser du vampire. Remarquez, ça doit être marrant à voir.


Giles se racla la gorge.

- Oui, enfin, toutes les Tueuses n'ont pas décidé de répondre à leur vocation. Et laissons les "mamies" de côté pour l'instant.


- Hé, vous vexez pas, je vous considère pas comme un papi.


Il baissa les yeux, l'air soudain gêné. C'est là qu'elle comprit où il voulait en venir en lui demandant de ne pas prendre mal ce qu'il allait dire.


- Oh putain, vous pensez que je suis vieille !


L'épée cessa ses cercles.


- Non, non, insista-t-il d'une voix aussi assurée que possible. Tu ne m'as pas laissé aller au bout de ma réflexion.


- Ah non mais je le vois très bien, le bout de votre réflexion, il est gros comme l'horreur que Willow a ramené dans le hall. Si on parle que des humains, en âge, après vous, c'est moi. Vous voulez qu'on soit dans le même club de bingo, c'est ça ?


Elle se rapprocha de lui le poing serré, comme prête à lui en coller une s'il disait un mot de travers.


- Puisque je te dis qu'il ne s'agit pas de ça ! Je te parle de l'avenir. Aujourd'hui tu as vingt-neuf... (regard rempli de flammes) vingt-huit... (regard rempli de flammes) bref, tu es loin des mères et grands-mères auxquelles j'ai pensé, mais ce qui me tracasse, c'est comment cela se passera pour toi, Buffy et toutes les autres, plus tard. Les Tueuses sont toujours mortes jeunes. Toujours. Il n'y a pas une seule référence sur une Tueuse ayant dépassé l'âge de trente ans. Je crois même que le record était de vingt-neuf ans (regard rempli de flammes)... bref. Nous n'en sommes pas encore là, mais pour dire les choses telles qu'elles sont, je me demande à quoi peut ressembler la retraite d'une Tueuse et si elle est envisageable. C'est la première fois dans l'Histoire qu'on peut se poser la question.


Elle desserra le poing, mit un peu d'eau dans son regard et resta muette.


- Et si je t'en parle, c'est...


- Parce que Bee fait le Giles buissonnier.


- Non, pour savoir si tu y as déjà réfléchi, et si oui, ce que tu en penses.


Elle poussa sur ses pieds et commença à se balancer. Giles s'assit sur le muret adjacent où elle s'était postée plus tôt, l'oreille attentive.


- Ben j'ai peut-être pas l'air, comme ça, mais je me suis posé cent fois la question d'arrêter ou pas. Me trouver un coin peinard bien ensoleillé et auquel les vampires et leurs potes n'ont pas trop accès. Une île, par exemple.


- On dit que la population vampirique à Hawaï frise le zéro.


- Ouais, voilà, un coin dans ce genre.


- Et ?


- Et faudra attendre que je sois trop pleine d'arthrite pour lever le petit doigt. Comme ça avec un peu de chance, je me sentirai moins mal de rester à glander toute la journée sur mon transat avec ma margarita.

Voilà une image qu'il avait du mal à visualiser.

- Et à mon avis, à peu de choses près, les autres vous diraient la même chose : arrêter, ça voudrait dire ne plus sentir les picotements dans le bas-ventre quand on part en chasse et qu'on dérouille du démon.


Il leva les sourcils.


- À peu de choses près, répéta-t-il, amusé.


Elle sauta de la balançoire en marche et atterrit à un demi-mètre devant lui dans un nuage de poussière de sable.


- Et puisqu'on en parle, mes picotements, ils retombent comme un soufflé ce soir. C'est quoi cette mission à deux balles ? Il est où, le gros fretin ? Quand ça sent le soufre, c'est toujours qu'il y a du gros fretin. Mais y a rien de tuable, dans ce parc de mes deux.


- Oui, soupira-t-il, ce ne sont pas cinq vampires et une larve Technech qui vont faire avancer notre affaire. Que t'a dit Angel, exactement ?


- Juste de venir faire un tour par ici. Et qu'il a entendu des rumeurs sur la poussière bleue qui seraient liées à cet endroit. "De source sûre", qu'il a dit.


- De source sûre ?


- Ouaip. Y a vraiment qu'Angel pour trouver des rumeurs de source sûre.

Encore une fois, il rit de bon coeur.

- Si ça peut te consoler, nous ne sommes pas venus pour rien.

- Oui, c'est sûr, on a fait le ménage, et on a eu une conversation à cœur ouvert où vous m'avez traitée de vieille. Mais tant qu'à nous farcir tout ce trajet plutôt que d'aller en boîte (regard perplexe)... ou à la bibliothèque... j'aurais préféré ne pas avoir l'impression qu'Angel nous a envoyés ici pour... rien.

En tapotant à nouveau sa lame contre le sol, il leva les yeux au ciel constellé d'étoiles invisibles. Cette patrouille spéciale manquait en effet singulièrement de pertinence.

Ils enfourchèrent la moto de Faith. Elle s'apprêtait à démarrer lorsqu'un détail la frappa subitement. Au moment où elle avait fait son salto sur la balançoire, c'était là que... Elle laissa Giles seul à l'arrière de la selle et courut jusqu'à l'aire de jeux. Elle reprit une profonde inspiration. Eh ouais. C'était là qu'il y avait une odeur de soufre encore plus forte qu'ailleurs. Carrément étourdissante, même.


Lui ayant emboîté le pas quelques secondes plus tard, Giles retira son casque et pensa la même chose qu'elle au même moment.


Oh, merde.


Ils sentirent leurs jambes flageoler. Il se tourna vers le bruissement qui s'approchait d'eux sur leur droite, ne distingua qu'une forme noire flottante et un froid glacial, elle maudit Angel et son putain d'odorat à elle de les avoir amenés là, tendit la main pour s'accrocher à quelque chose, trouva le bras de Giles, pour s'effondrer ensuite sur du vide, et enfin sur le sable jonché de traces de pas d'enfants.


Ils entendirent à peine le petit rire qui résonnait au-dessus de leurs têtes.



* * * *

Nath

Say hello to Mummy Bear.


7

Re: Encore (projet de co-écriture)

Zique : Des Vies (Fredericks, Goldman, Jones), La Vie ne vaut rien (Alain Souchon)



Elle se frotta les yeux, et parvint à nettoyer l’engourdissement qui embuait encore son regard. Perçant la lumière orangée du coucher de soleil, un petit rire acheva de l’éveiller et elle se souvint. L’aire de jeux…

Un coup d’œil rapide sur le côté la rassura. Assis à côté d’elle, il reprenait lui-même ses esprits, clignant maladroitement des paupières encore lourdes pour finalement les garder entrouvertes contre la clarté orange.

— Vous… Vous n’avez rien de cassé ? balbutia-t-elle en s’extirpant du sol pour s’asseoir. 

— Pas à ce que je sache, répondit-il, testant cette théorie en gigotant les poignets. Et toi ? Ça va ?

— Physiquement… À part un mal de crâne… Qu’est ce qui s’est passé ?

Il regarda lentement autour de lui, n’osant pas confirmer ce qu’il soupçonnait fortement.
— Nous avons… Je crois que nous nous sommes fait assommer…

Elle tourna la tête, elle aussi scrutant les alentours pour donner du sens à cette mésaventure. À quelques 50 mètres d’eux, elle remarqua l’auteur présumé du petit rire de tout à l’heure. Un môme, pas plus de huit ans, qui jouait à un jeu de société avec une ado assise en tailleur. Rien de moins choquant que des gamins dans une aire de -- Houla. Un jeu de société ?

Il plissa les yeux, à la fois de perplexité et d’éblouissement par la lumière. Ce n’était pas un coucher de soleil. La clarté orange, c’était autre chose. Quelque chose d’oppressant, de stagnant… Il vit à son visage effaré qu’elle comprenait en même temps que lui.

— On… On n’est pas dehors, là ? On n’est plus à l’aire de jeux ! Vous êtes d’accord ? Hein ?

— Oui, j’en ai bien peur. On n’est pas dehors.

— Mais alors on est où ? Vous avez une idée, vous ? Hein ? Monsieur Kaprunsky ? On est où ?

* * * *

Ç’avait beau être la énième fois, il ne se lassait pas de l’effet effervescent que tenir à pleine main son délicieux petit sein rond provoquait en lui. Et, au risque de se vanter, en elle.

— Ne bouge pas… lui susurra-t-il à l’oreille, son avant-bras noir maintenant ses deux poignets blancs sur l’oreiller au-dessus de sa crinière blonde.

L’esprit de contradiction étant toujours, avec Mr Pointy, le meilleur ami de la Tueuse, elle se tortilla dans ses chaînes de chair et… bougea.

Il noircit encore davantage son regard, pour que le sien, rieur malgré elle, s’en trouve intimidé. Mais peine perdue. Il en faudrait plus qu’un froncement de sourcils pour maîtriser une amazone pareille.

Sa main lâcha son sein et elle la sentit glisser le long de sa cuisse. Puis l’écarter brusquement. Sa bouche s’ouvrit d’elle-même alors qu’il s’introduisait fermement en elle. 

Il lui attrapa les mains et les cloua sur l’oreiller, de chaque côté de sa tête. Tout en se raidissant pour se débattre, elle le fusilla d’un œil menaçant, haletant d’indignation. Lui, impassible au-dessus d’elle, ne broncha pas. Ou plutôt, si, il entreprit de carrément broncher.

Un jour, dans une autre vie, il lui avait avoué : « j’aime les Tueuses ». Cela lui avait pris des mois de découverte mutuelle pour comprendre que ce n’était pas tout à fait ça. Spike, lui, aimait les Tueuses. Littéralement : il aimait qu’elles lui infligent, encore et encore, sa petite mort. Angel, à quelque culpabilité près, pareil. Non, Gunn, il aimait les tueuses. Nom commun. Voire, les impé-tueuses. Petits bouts de femme, frêles et fragiles d’apparence, mais qui avaient du répondant. Des irrespec-tueuses. À qui il fallait apprendre le respect.

Sous les super-pouvoirs paranormaux, dormait un vieux fantasme de petite fille bien normale. Au bal de Cendrillon, c’était le prince qui menait la danse. Et il y avait quelque chose de totalement tripant à s’abandonner à cet étalon, gentleman à la ville, qui savait, d’instinct, qu’elle, elle passait sa vie à dominer.

Il n’était jamais monté à cheval. Mais il y avait quelque chose de totalement tripant – vieux fantasme de petit garçon qui jouait au cow-boy ? – à chevaucher cette pouliche fougueuse qui, si elle ne voulait pas de son éperon, pouvait, d’une petite ruade gracieuse, l’envoyer se crasher à l’autre bout de la pièce. Ce que, là tout de suite, elle s’abstenait de faire.   

— Et alors ! On fait l’effrontée ? Je t’ai dit de ne pas bouger. Tu vas voir qui comman--

Un martèlement contre la porte d’entrée l’arrêta net.

— Tu déconnes, là… pesta-t-il, immobile sur ses bras tendus.

Elle le supplia du regard.
— On s’en fout. Continue. Le répondeur va s’enclencher.

Il secoua doucement la tête.
— Buff, c’est pas le téléphone…

— On ignore quand même ! Ça doit pas être grave !

— Je vous en prie ! cria une voix masculine alors que les cognements redoublaient. Ouvrez-moi, je vous en prie !

— Ça doit être quelqu’un qui veut nous vendre un truc !

— Monsieur Gunn ! Aidez-moi ! On veut ma mort !

— Un colporteur ! Bébé, nooon… geignit-elle alors qu’il se dégageait et se précipitait sur le bord du lit pour s’habiller.

Elle se résigna en rechignant et se roula de son côté à elle pour enfiler ses sous-vêtements.

Ayant passé un bras dans son petit haut, elle s’immobilisa, fixant droit devant elle, un fard rose recouvrant ses pommettes, alors qu’il murmurait contre sa joue, avant de se lever et de quitter leur chambre :
— Tu perds rien pour attendre, Mademoiselle.   

Dans le cadre de la porte, un hominidé cornu s’agitait nerveusement.
— S’il vous plait… Laissez-moi entrer…

— Qu’est ce que vous voulez ? L’arbalète elle est plus rare que vous pensiez, mais vous la récupérerez pas.

— Non, M’sieur Gunn, elle est à vous, c’est pas pour ça que je suis venu -- Ah bon, elle est plus rare ? Nan mais nan, c’est pas pour ça… On veut ma mort, moi ! Enfin quoi, vous êtes Gunn & Summers Defense Services ou Gunn & Summers Golf Services ?

Gunn l’inspecta de haut en bas, méfiant, puis s’ôta de son chemin.
— Entrez, Kaprun. Mais pas d’entourloupes !

Avant que le démon n’atteigne le canapé, ce fut Buffy qui lui barra la route.
— Les rendez-vous ça se prend par téléphone, et les entretiens avec les clients ça se fait dans un lieu discret, public, et certainement pas à notre domicile perso. Comment vous avez eu notre adresse ?

— Vous… Vous êtes connus dans le milieu, Ma’ame Buffy. Si quelqu’un veut vraiment vous trouver, il vous trouve.

La pédégée de G&SDS soupira.
— Asseyez-vous.
Elle s’assit en face de lui sur la table basse, attrapant, en professionnelle, un papier et un crayon.
— Qu’est ce qui vous fait penser que vous êtes en danger de mort ?

— Oh, rien. Le cadavre encore chaud de ma femme, c’est tout.

Gunn, les yeux sur Buffy, fut pris d’une empathie paniquée.
— Oh merde… Ç—Ça va ? Vous…  Vous voulez un verre d’eau, quelque chose ?

— Un verre…? répéta le vieux poilu, déconcerté. Ça aide, l’eau ? J’sais pas, hein… fit-il avec une moue dubitative. Je prendrais bien un petit scotch par contre, si vous avez.

— Bien sûr. Bien sûr, je vous apporte ça tout de suite.
Gunn alla à reculons jusqu’au bar dans le coin de la cuisine, en faisant de grands signes à Buffy d’être cool.

Tout en répondant par un air barbé, elle acquiesça discrètement.
— Vous… Vous étiez mariés depuis longtemps ?

— Ouuh, bien 35 ans… Il hocha les sourcils coquinement. Vous-mêmes ?

— Hein ? Euh, non. Non, nous on n’est pas… On n’est pas mariés. Tenez, pressa-t-elle, indiquant le verre de whisky que tendait son presque potentiel futur époux.

— 35 ans… répéta Gunn, affligé, en s’installant à côté de lui. Je suis vraiment sincèrement désolé, mon vieux.

— Désolé ? Pourquoi donc ?
Il avala quelques gouttes du liquide ambré.
— Ah, parce que j’ai perdu une employée ? C’est vrai que ça m’arrange pas. Faut que je passe une annonce et tout… Enfin. Heureusement, en ces temps de chômage, je devrais retrouver fastoche. Vous avez des glaçons ?

Gunn et Buffy se regardèrent, ébahis.

— Oh ! Oh ! J’y suis ! s’exclama le vieux bonhomme. Parce que j’ai perdu ma femme ! Autant pour moi. Oui, certes, c’est très triste. Désolé pour moi moi aussi, tiens.
Il leva son verre à lui-même et s’enfila une généreuse gorgée.

Buffy fixa Gunn d’un œil dépité.
— Tu l’as appelé comment, tout à l’heure ? se renseigna-t-elle nonchalamment, en caressant le pavé tactile du portable à côté d’elle pour le réveiller.

— Kaprun.

Elle continua à promener son index sur le petit carré noir et à regarder l’écran s’animer.
— Kaprun, c’est votre nom ou votre espèce ?

— Les deux, mon capitaine. Je suis l’un des rares Kapruns à avoir élu domicile dans votre dimension, alors je me suis auto-baptisé Kaprun. Mon vrai patronyme étant imprononçable par des uni-laryngidés.

— Bien, marmonna Buffy. Avec un K, je présume ?
Elle tapa sur le clavier sans attendre la confirmation.
— Bon… lâcha-t-elle en parcourant l’écran. Kaprun… Bah vous n’avez pas de centre d’attachement, je vous signale. Vous n’êtes pas capable d’amour.
Elle examina son visage.
— Vous le saviez ?

Il haussa les épaules, à la fois embarrassé et agacé.

— Ben pourquoi vous nous l’avez pas dit ? sermonna la Tueuse. Faut le dire ! C’est pas grave. Y a pas de honte. On en connaît d’autres, hein, Gunn ?

— Oh je pense bien ! Et des humains, encore !

— Y a juste un truc qui me chiffonne. Pourquoi vous vous êtes marié et l’êtes resté si longtemps ?

— Bonne question, ironisa le démon. Si bobonne ne gisait pas dans son sang avec une épée de mon propre étalage en pleine poitrine, je le lui demanderais, pourquoi elle a absolument tenu à ce qu’on se marie.

Gunn retourna ouvrir le bar, en sortit la bouteille de whisky et deux autres verres, et rapporta le tout sur la table. Il resservit Kaprun, et emplit un verre aux deux tiers pour lui, ainsi qu’un autre au quart pour Buffy.

Elle se trempa tout juste les lèvres.
— Mais du coup, qu’est ce qu’on peut faire pour vous, Kaprun ? On arrive trop tard, là.

— Mais pas du tout ! Vous êtes pile à l’heure pour sauver le plus important des Kaprun ! Bibi ! Ma femme a été assassinée ! Je suis le prochain, sûr !

— Ça, ça veut rien dire, remarqua Gunn. Pardonnez-moi de remuer le… l’épée dans la plaie, mais quand on est une démone et qu’on vend depuis 35 ans des armes au marché noir à d’autres démons dans un quartier chaud de L.A., on peut s’attendre à être assassinée un jour ou l’autre. Vous croyez pas ?

— Ah, détrompez-vous, jeune homme. Ma femme, elle n’avait de démoniaque que le nom.

Buffy leva lentement le nez de son bloc-notes.
— Elle était humaine ?

— Mortelle, pourvue d’une âme, et faillible. Humaine, jusqu’au bout des ongles.

La jeune femme baissa les yeux.
— Comment s’appelait-elle ?

— Sandra. Sandra Kaprun, née Zebrewsky.
Il avala une gorgée brûlante.
— C’est moi le dealer d’armes, elle, elle n’avait pas d’ennemis à ma connaissance. On l’a tuée pour ce qu’elle était, et je suis le prochain. Va falloir me protéger, la Tueuse ! Quelqu’un en veut aux Kapruns de cette planète ! 

— Mais puisqu’elle n’était pas Kaprun ? rappela Gunn.

Le vieux haussa les épaules.
— Bof, par alliance. Et puis, c’est pas tout…
Il hésita, faisant danser son whisky dans son verre.
— Mon fils aussi est visé.

— Vous avez un fils ?! s’estomaquèrent ensemble les deux défenseurs.

Il tempéra leur excitation d’une moue désabusée.
— Oui, oh, si on peut appeler un espèce d’ingrat qu’on n’a pas vu depuis 15 ans un fils. Quel saligaud celui-là ! Mériterait un bon coup de sabot où je pense !

— Peut-être qu’il est très occupé… suggéra Gunn, mal à l’aise.

— Ça, pour être occupé… Il a honte de nous, vous savez ? Il a été jusqu’à changer son nom ! Il se fait appeler Kaprunsky, ce galapiat, ça fait plus humain !

Buffy plissa les yeux.
— Kaprunsky… Comme les cosmétiques ?

— Eux-mêmes. Nan, mais je devrais être content parce qu’il nous envoie un petit chèque tous les mois. Mettrait pas un mot avec, ça non, mais il se dédouane bien du minimum. J’vous jure ! Ah, ça, il a eu vite fait de renier ses origines, votre magnat du rouge à lèvres !

La blonde secoua la tête, soufflée.
— Eric Kaprunsky des laboratoires Kaprunsky… J’arrive pas à le croire.   

— Tu le connais par son petit nom ?

— Enfin voyons, Gunn ! Eric Kaprunsky ! L’inventeur de la lipocalioderma ! Tu dis toujours que j’ai une peau de bébé. Bah ça, c’est Miel de Jour, de chez Kaprunsky ! Une crème miracle ! Je sors jamais sans !

— Oui, enfin vous savez ce que c’est l’ingrédient secret de ses crèmes pour la peau… ronchonna le vieux démon.

— Ah ? Non, c’est quoi ? questionna Buffy, fascinée.

— Hein ? Ah. Non, rien. Je sais pas.
Il finit son verre d’une traite.
— Ce que je sais, c’est qu’il est en danger, ce gredin, parce qu’il a disparu de la circulation.

— Depuis quand ? demanda Gunn.

— Depuis cet après-midi.

— Ah, mais alors vous êtes toujours en contact ? en déduisit Buffy, gribouillant sur son bloc-notes.

— Non, on n’est pas en contact. Enfin pas lui. Mais moi, je l’ai à l’œil. Je le fais filer et je peux vous dire que je suis assez au parfum de ses moindres faits et gestes.

Les jeunes se regardèrent, gênés.

— Alors il a pas droit à une vie privée ? reprocha le vice président de G&SDS. Mais pourquoi vous faites une chose pareille ?

— Parce que c’est mon fils et que donc je veux pas qu’il lui arrive des bricoles.

— Je croyais qu’ils étaient pas capables d’amour, mon amour… taquina Gunn.

— Ils le sont pas. C’est son instinct de conservation. Il protège son patrimoine génétique. S’il le perd, c’est un peu lui qui meurt. Pas vrai, Kaprun ?

Le démon acquiesça de la tête, tout naturellement.
— C’est pas normal, c’t histoire. La dernière fois qu’il a été vu c’était au parc en bas de ses bureaux, avec son assistante stagiaire. Ils se dirigeaient vers une aire de jeux désertée. Pour fricoter tranquille, tel que je le connais. En tout cas, il a semé mon pisteur, et ça c’est jamais arrivé en 15 ans ! Un Fouinou super entraîné !

Buffy finit de noter ces détails.
— Et du côté du meurtre de votre femme, vous avez remarqué quelque chose de suspect ? À part l’épée et le… manque de vie, bien sûr ?

— Non. Mais j’ai pas franchement squatté les lieux du crime, si vous voyez ce que je veux dire. J’ai pris mes pattes à mon cou et j’ai été me planquer. 

Gunn consulta Buffy du regard.
— Le truc, Kaprun, c’est que c’est tout récent votre histoire. Du nettoyage de démons y en a tous les jours, et c’est fait le plus souvent par des professionnels. Les démons savent qu’il y a un risque à traîner à L.A., ils doivent se défendre tout seuls, c’est les règles du jeu. Si tous les démons venaient chercher notre protection dans nos jupes au cas où, on n’aurait pas fini. Donc nous, on prend seulement les dossiers où on est sûrs que quelqu’un est en danger de mort. Là, on n’est sûrs de rien du tout, à part que votre femme est décédée, et que votre fiston s’est pris une demi-journée de congé-braguette. 

— Mais puisque je vous dis que c’est louche ! C’est pas juste une escapade de quelques heur-- Attendez un peu… Attendez un peu ! répéta-t-il, les accusant de l’index. Je vous vois venir ! C’est parce que je suis un démon, c’est ça ? Si j’étais humain, vous sauteriez sur mon dossier !

Buffy n’essaya pas de nier.
— Par votre simple présence dans notre monde, vous augmentez le nombre de crimes et sévices perpétrés sur des humains, Kaprun, et en plus de ça, vous-même vous fournissez les démons en armes, donc vous contribuez d’autant plus à la guerre contre notre espèce. Je ne vous cache pas qu’on tripe que moyennement à l’idée de vous permettre de continuer.

Le vieux démon la fixa en silence, ne sachant pas quoi répondre.

— Maintenant, continua Gunn, on ne vous dit pas qu’on ne prend jamais de dossiers de démons, on en prend. Mais tout se négocie…

— J’ai beaucoup d’argent !

— Ah, fit la Tueuse, de toute façon, il est évident que si on prend votre dossier, ça vous coûtera un paquet. Y a héroïque, et y a héroïque qui-aimerait-bien-un-plus-grand-appart.

— On n’est pas comme ça, voyons, renchérit Gunn. Nos tarifs sont les mêmes toutes espèces confondues. Cela dit, de la part de nos clients démons, on s’attend à un petit geste de bonne volonté. Qu’est ce que vous auriez à nous offrir, vous, par exemple ?

— Euh… J’ai des armes très recherchées, qui vous seraient bien utiles pour votre business…

Gunn secoua la tête, inflexible.
— Hmm-hmm. Va falloir faire un plus gros effort, mon vieux.

Kaprun se lissa une corne, réfléchissant.
— Et… Et si je vous promets de lâcher le trafic d’armes ? Je rends mon tablier ! Je prends ma retraite et je vends plus jamais une seule arme à quiconque, humain ou démon !

— Bah là votre dossier est déjà plus alléchant… accorda Buffy. C’est tout ?
Elle se tourna vers son associé.
— C’est un peu maigre, tu trouves pas ?

— Ouais. On va devoir réfléchir, tenta-t-il.

— Ah mais c’est tout réfléchi, mon p’tit gars ! rétorqua le client potentiel. C’est énorme ce que je vous offre là, vous vous rendez pas compte ! C’est un sacré compromis ! Les armes c’est toute ma vie ! Et puis j’ai rien d’autre, alors comme ça… Alors vous prenez mon dossier ou pas ? Parce que sinon, moi je vais m’adresser à un autre leader de la défense des sans défense !

Gunn et Buffy se jetèrent un coup d’œil.
— On prend votre dossier, déclarèrent-ils d’une seule voix.

* * * *

Britney n’arrivait pas à dormir. Pourtant, dans ce noir complet, il n’y avait vraiment rien d’autre à faire. À part peut-être se mordre les doigts d’avoir laissé son patron lui faire du rentre dedans depuis le début de son stage. Il avait beau être riche, puissant et séducteur, c’était un homme marié et ça, elle le savait. Maintenant, ils se retrouvaient tous les deux dans un méga pétrin. Parce qu’ils avaient failli mal agir, ils en avaient eu l’intention, en tout cas. C’était forcément lié. Karma.

Impossible de voir le visage des autres, et elle se demandait si eux avaient trouvé le sommeil. Sur les huit qui partageaient son dortoir de matelas par terre, seuls les quatre enfants devaient vraiment dormir profondément. Les autres captifs devaient bien se ronger les sangs autant qu’elle. Melissa, la pauvre, depuis six jours qu’elle était ici, n’avait pas dû beaucoup fermer l’œil. Elle n’avait pas voulu les alarmer et leur avait dit qu’ils étaient bien traités, nourris, abreuvés, et que tant que ses deux enfants étaient avec elle et en bonne santé, elle pouvait supporter. Mais c’était clair qu’elle ne leur avait pas tout dit.

Pourtant, dormir lui aurait fait du bien. Qui sait, elle se serait peut-être réveillée en réalisant, oh la la si seulement, que toute cette sale histoire n’était qu’un cauchemar tordu. Et si… Et si c’était le cas ? Si c’était vraiment un cauchemar ? Ça expliquerait plein de trucs. Comment ils n’arrivaient pas à s’échapper d’une salle sans murs, par exemple. Ou comment l’air était orange. Ou comment ils étaient arrivés ici, tout bêtement.

Mais non. Ça ne sentait pas le rêve. Et non. Rien à faire. Elle n’arrivait pas à s’endormir. Si au moins elle avait une idée de l’heure… Voyons voir. Melissa leur avait expliqué que tous les soirs, vers 23 heures à sa montre, la lumière orange s’éteignait, d’un coup, pour laisser place au noir le plus total, jusqu’à 7 heures le lendemain, où la pièce redevenait d’un orange flamboyant. Or, ça devait faire une heure – ou plus ? – qu’elle ruminait là, allongée sous sa couette, son matelas entre celui de Melissa à gauche et celui de Kaprunsky à droite, en se demandant ce qu’ils foutaient ici et ce qui allait se passer demain. Conclusion : il devait être à peu près minuit. Youpi. Plus que sept heures d’errance mentale.

Si elle avait été sûre que Melissa était éveillée, elle aurait tapé la discut’ avec elle. Elle lui en aurait peut-être dit davantage sur leur condition. Même si elle avait juré ne pas savoir grand-chose sur les raisons de leur captivité, elle aurait au moins pu lui parler des autres, lui dire si les Seaver étaient sympa, par exemple. Tout ce qu’elle avait dit d’eux c’est qu’ils étaient arrivés il y a deux jours, et qu’elle s’était réjouie d’avoir enfin de la compagnie pour elle et ses gamins. 

Dans ce silence noir absolu, le même qu’on devait connaître dans l’espace – ou dans une tombe – Britney n’osait pas émettre un son, ne serait-ce qu’un chuchotement. Elle aurait risqué de réveiller les enfants. Et si les autres adultes avaient par hasard réussi à s’endormir, elle ne voulait pas les réveiller non plus. Elle avait vu un documentaire à la télé, sur les méthodes des terroristes pour faire craquer leurs otages. La privation de sommeil en faisait carrément partie. Alors il fallait pas plaisanter avec ça, et prendre la nuit, même artificielle, comme un privilège précieux. Et puis, peut-être que la fatigue de toutes ces émotions, ainsi que le mal de crâne qu’elle tenait depuis son enlèvement, aurait raison de ses interrogations et qu’elle finirait par sombr--

Un bruit lointain de porte métallique coulissante la fit sursauter. Rien, elle ne voyait rien.

— Oh non… Oh non… murmura sa voisine d’un ton affolé.

— Melissa ? Qu’est ce que c’est ?

— Il arrive. Il va encore se défouler sur quelqu’un. Oh non, il arrive…

— Il arrive ? Qui ça ?

— Le détraqué qui passe toutes les nuits. Le vampire !

* * * *

— Euh ?

Connor leva le nez de son encyclopédie démoniaque et attendit mais la suite ne vint pas.
— Quoi, euh ?

Dawn garda les yeux sur son écran un moment puis tourna la tête vers lui.
— Hein ? Non, c’est chelou, les Seaver on dirait qu’ils sont pas pur souche.

— Comment ça ?

— Bah regarde, invita-t-elle, l’index pointé sur l’écran. J’ai fait un arbre généalogique rapide. Là t’as la mère volatilisée, Wendy, et là, si tu remontes, même pas si loin, à son arrière grand-mère, t’as une certaine Irenie McTrepkos. Donc je cherche McTrepkos, parce que je trouvais ça… exotique, comme nom, et effectivement, c’est écossais. Mais au lieu d’être une rousse à la peau claire, elle elle devait être plutôt verte à la peau écaillée, si tu vois ce que je veux dire.

— Mortel. Et lui, là ? remarqua-t-il, indiquant une branche totalement différente. Richard Head. Il a eu une vie facile, le gars ?

Tout en s’esclaffant elle lui donna une petite tape sur la main pour qu’il la retire de l’écran.
— Andouille ! Je te parle sérieusement, moi. Ça fait trois fois que je vérifie. Attends, je vais rechercher du côté du père…

Ils se remirent à leur étude, lui lisant, elle tapant sur son portable.

Du coin de l’œil, le fils du vampire aperçut une ombre noire se déplacer lentement sur le clavier de sa voisine. Il tourna doucement la tête et sentit son cœur accélérer. Une gigantesque tarentule avançait vers lui, pianotant sur les touches de ses pattes velues.

Son instinct de chasseur ne le laissa pas en plan. D’un geste, il ferma le volume, le souleva des deux mains, et l’abattit de toutes ses forces sur l’arachnide venimeux.

Dawn eut tout juste le temps de retirer sa main.

— Mais t’es MALADE ?! Qu’est ce qui te prend ? T’as failli m’écrabouiller la main !

— Y avait une tarentule ! Une immense, toute noire, avec des pattes ! Je te jure, y avait une…
Il regarda autour de lui, cherchant un témoin pour le soutenir, mais à part Spike, avachi sur un des canapés rouges derrière eux, le hall de l’hôtel était désert.
— Tarentule. J’te promets. Avec des pattes. SPIKE !

Le vampire ne se détourna pas de sa bédé.
— Mmh ?

— Y avait quoi dans la roulée que tu m’as filée tout à l’heure ? La main de Dawn qui se transforme en putain de tarentule, enfoiré !

Spike continua sa lecture.
— C’est ça, je t’ai fait fumer des champignons. Va te coucher, mon gars.

— Toi, va te coucher, trouduc ! Y avait une putain de taren--

— Non : va, te, coucher. Il est 4 heures du mat’, tu carbures à l’énergie depuis une vingtaine d’heures, t’es en train d’halluciner d’épuisement. Toi aussi, p’tit bout. Vous êtes des mammifères diurnes, vous pouvez pas tenir à un rythme pareil.

— Oh l’autre, eh ! lança Dawn en souriant, sans se lever de son sarcophable. Qui c’est que tu traites de mammifère ?

— N’importe quoi, grommela Connor, rouvrant son gros livre. On n’est pas des gamins. D’façon j’attends mon père.

— Comme vous voulez… marmonna le vampire, toujours dans sa bédé. Mais Angel il le sait qu’une partie de son staff a besoin de dormir pour fonctionner, il inclut des heures de sommeil dans l’emploi du temps des humains, d’ailleurs.

Dawn effaçait les quelques WCBNVQFDSYTER que le coup d’encyclopédie avait écrit sur son document, quand la porte-fenêtre s’ouvrit en grand.

Angel entra en titubant, portant sur chaque épaule un corps inanimé. Il se traîna jusqu’aux canapés et y largua sans délicatesse ses deux fardeaux, d’abord Giles puis Faith.

Les trois équipiers bondirent de leurs sièges et le rejoignirent.

— Tu… Tu les as retrouvés, bégaya Dawn. Ils sont blessés ?

— Ils vont bien, rassura le patron. Mais ils sont complètement dans les vapes. Allez me chercher le… le… hésita-t-il en claquant les doigts, cherchant impatiemment ses mots. Le kit de premiers secours, celui du bureau.

Spike fonça, pendant que Connor aidait son père à transférer Giles sur l’autre canapé, et que Dawn pivotait les jambes de Faith afin de l’allonger plus confortablement.

— Défais son col, commanda l’aïeul à son descendant vampirique, en ouvrant la mallette de premiers secours.
Il en sortit deux petites fioles de liquide, dont il ôta le bouchon en liège.
— Tiens. Colle-lui ça sous les narines, moi je fais pareil avec Faith.

Les jeunes regardèrent médusés alors que la Tueuse et l’Observateur, contre toute attente, continuèrent de ne pas revenir à eux.

— Tu veux qu’on aille chercher Willow ? proposa Dawn. Elle pourra peut-être faire un sort de réanimation ?

— Nan nan, pas la peine de la réveiller. Ça, ça devrait le faire.

— C’est quoi ? demanda Connor.

— Des embruns de Bolka. Ça prend quelques minutes mais c’est ultra efficace. Et c’est bio.
Angel, accroupi à côté de Faith pour garder la fiole immobile, leva les yeux vers son fils.
— Vous êtes encore debout, vous deux ?

— On t’attendait. On a un peu avancé dans la recherche. T’as eu du mal à les retrouver ?

— J’aurais préféré que vous vous reposiez un peu, je vous ai pas assigné de mission de patrouille, exprès.

— On voulait te faire gagner du temps, expliqua Dawn.

Angel leva les sourcils.
— Ben c’est raté. Moi demain j’ai besoin de mon équipe au complet, ça inclut mon Destructeur et mon Ex-Clé, et non pas deux zombies. Des co-équipiers crevés ça fait perdre énormément de temps en répétition d’instructions, en couverture pendant les combats, et en repassage sur du boulot mal fait. Donc ce qui serait cool, c’est que vous limitiez les dégâts en allant vous coucher tout de suite. Ça, ça me ferait gagner du temps, tu vois.

— Ouais. Sauf que nous, on pète la forme. Papa, on est majeurs et vaccinés, va peut-être falloir que t’arrêtes de nous traiter comme des mômes. Il me semble qu’on a passé l’âge d’avoir une heure de coucher obligatoire alors on se couchera à exactement…
Il consulta sa montre.
— L’heure qu’on veut.

Spike ricana ostensiblement.
— Bien dit ! Sans blague. C’est pas parce qu’il signe les chèques à la fin du mois que ça lui donne le droit de diriger la vie de tout le monde.

Angel lui envoya un regard assassin puis, en guise de rappel, jeta lui-même un coup d’œil à sa montre.

Spike le fixa un instant et se re-concentra sur Giles, calant la fiole entre son menton et un coussin pour qu’elle reste en position. Il se leva et se planta devant Connor et Dawn.
— Bon, et qu’est ce que je vous ai dit y a pas deux minutes ? demanda-t-il sèchement.

— Hein ? fit Connor, surpris.

— Connor, t’es un sex-bot, toi ?

— Hein ? réitéra-t-il.

— Est-ce que tu es un SEX-BOT ? beugla le peroxydé.

— N—Non.

— Et toi ?

Dawn secoua la tête.
— N—Non plus…

— Bon. Alors vous êtes composés à 80 % d’humain, et les humains, ça dort. Donc vous prenez vos cliques et vos claques et vous filez au lit avant que je m’énerve.

— Mais Spike, commença Dawn, on n’est plus --

— Y a pas de « mais Spike » ! rugit le vampire. OK, je compte jusqu’à trois. Si à trois vous êtes pas en haut de l’escalier en train d’aller dans vos chambres, je… Je vous assomme à coups de mallette de premiers secours, tiens. Comme ça, bah vous serez endormis. Un…

— Mais Spike… bredouilla Connor.

— Deux… continua Spike, affichant deux doigts en forme de V de la victoire.

Connor et Dawn se regardèrent. Ils piquèrent un sprint jusqu’à la table-sarcophage, la sautèrent tel un obstacle de 110 mètres haies, se précipitèrent dans l’escalier, galopèrent jusqu’au premier palier et continuèrent leur course jusqu’au couloir qui menait aux chambres du 1er.

Spike se posta en bas de l’escalier avant qu’ils soient hors de portée de voix.
— Et chacun dans votre chambre, hein ! À cette heure votre priorité c’est de dormir !

Il retourna auprès d’Angel d’un pas tranquille.
— T’as besoin d’autre chose ?

Son créateur considéra ses deux amis évanouis, qui commençaient à s’animer. Il hocha la tête.
— Si tu pouvais faire un thé et un chocolat chaud pour ces deux-là ? Ils vont avoir froid en s’éveillant.

"I don't want real life – I like fake life!"